Génération 404: «Finalement, tout le monde est un troll»

EVOLUTION Mignons. Drôles. Dangereux? Les trolls ont fait des réseaux sociaux leur terrain de jeu…

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Illustrations de trolls
Illustrations de trolls — Clément Quintard

Ils commentent, ils se foutent du monde. Les trolls s’expriment dans nos colonnes.

>> Qu’importe le nom, notre génération est bien debout, vous avez son portrait entre les mains… Lire l’édito.

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Le troll du dimanche

Un jour, Servane, 27 ans, se faisait chier devant son ordinateur. « J’étais sur Facebook et j’ai vu un titre d’un site d’information. J’ai pensé à un commentaire décalé. J’ai rigolé toute seule comme une idiote. Je l’ai posté ».

Illustrations : Clément Quintard/20 Minutes

Sa punchline : « J’ai découvert que sur les réseaux sociaux, on peut jouer un rôle. C’est un super terrain de jeu. Parfois je joue l’idiote, parfois je suis plus agressive, un peu moqueuse, mais jamais méchante ou violente envers les gens ».

Son ennemi : « Je vais surtout sur les pages Facebook des sites de santé et des magazines féminins. Leur mécanique d’information sur les réseaux sociaux est nulle. Leur seul but est de nous faire cliquer. Derrière, il n’y a aucune information. Et ça fait passer les filles pour des connes. Donc je rentre dans leur jeu. Je réponds à leurs questions. Je les provoque. Je vais aussi commencer à regarder du côté des pages de magazines people »

Sa réflexion : « Un jour, le magazine Elle a titré "Emmanuelle Béart se livre sans fard… ", j’ai répondu sans fard mais avec botox". Je me suis fait insulter. C’est peut-être la seule fois où j’ai été méchante. Au-delà de ça, je cherche le bon mot. Ça me fait rire, ça fait rire des gens et ça m’occupe. Je me moque de la news, de la façon dont les sites la mette en valeur et surtout de la mettre en scène. ».

Le troll farceur

Louis, 24 ans, s’est longtemps incrusté dans des groupes Facebook de marques de la grande distribution. Puis, il a créé la page du pape François juste après son élection. « J’ai reçu plein de messages de demandes de bénédictions », ricane ce jeune homme de 24 ans.

Illustrations : Clément Quintard/20 Minutes

Sa punchline : « J’ai un certain sentiment de liberté et de pouvoir quand je joue comme ça avec des gens. Voir aussi à quel point ils peuvent être sérieux quand ils répondent à mes commentaires, c’est surréaliste ».

Son ennemi : « Avec mes potes, nous sommes pas mal allés commenter sur le groupe Facebook qui demande la destitution de Barack Obama. On trouvait ça génial de se retrouver en deux clics face à des gens que tu ne peux pas rencontrer dans la vraie vie et à qui tu peux raconter n’importe quoi sans conséquences. Il y avait toujours une dimension foutage de gueule mais avec un fond sérieux. On voulait aussi réellement comprendre. En se moquant, on voulait réellement comprendre comment le redneck du Texas pensait.

Sa réflexion : « Le trolling s’est immiscé partout. C’est entré dans la culture du web. Avant les gens ne comprenaient pas qu’on était dans le second voire troisième degré. Maintenant les community manager sont rôdés et savent que pour gagner la guerre contre les trolls, il ne faut pas répondre ou être dans le même ton. Ils ont compris, ils jouent le jeu, ils ne répondent plus sérieusement pour défendre leur marque comme avant. Même les politiques utilisent maintenant les codes du trolling sur Twitter. Finalement, tout le monde est un troll »

Le troll électron libre

A 32 ans, Fabien commente beaucoup sur 20minutes.fr. Parfois, plus d’une dizaine messages par jour. Et ce, depuis plus d’un an. Car selon lui, « ce qu’il manque dans ce pays est une parole de la société civile libérée de toute corporation politique ».

Illustrations : Clément Quintard/20 Minutes

Sa punchline : « On me qualifie parfois de pédant, car je reprends beaucoup de personnes qui à mon sens manque cruellement de subtilité intellectuelle. A vrai dire, je ne me serais jamais douté qu’il y avait tant d’esprits si dénués de bon sens voire d’intellect.

Son ennemi : « J’aime commenter, pour donner une opinion qui sort de l’ordinaire…. Trop basée sur l’émotion, la bêtise voire le politiquement correct. Ce pays croule depuis trop longtemps dans le « sens commun ». Je ne cherche absolument pas le politiquement correct. Je veux juste rétablir certaines choses qu’il m’apparaît comme vérité en vue de ma connaissance générale ».

Sa réflexion : « J’essaye d’être le plus juste possible, je fais attention à mon orthographe donc je prends le temps de me relire et de modifier si nécessaire. Mais je fais tout pour rester fidèle aux connaissances générales que l’on m'a inculquées. Notamment, je me refuse à sombrer dans le sens commun. Ce pays croule depuis trop longtemps dans le « sens commun ».