Entrer et de sortir de l'UE sans se faire repérer ne serait pas si difficile

TERRORISME Selon des experts et des policiers, un renforcement des contrôles aux frontières de Schengen n’y changera rien…

D.B. avec AFP

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Aéroport d'Orly, le 8 avril 2015
Aéroport d'Orly, le 8 avril 2015 — Thomas Samson AFP

Mais comment a-t-il pu se déplacer aussi facilement ? Le cas d’Abdelhamid Abaaoud, instigateur des attentats de Paris et djihadiste recherché, interpelle les experts. Il a multiplié les allers-retours entre l’Europe et la Syrie, en narguant toutes les polices d’Europe.

« Contrairement à ce qu’on pense, il est très facile d’entrer et de sortir de l’UE sans se faire repérer », confiait jeudi à l’AFP le criminologue Christophe Naudin. « On peut considérer les contrôles à l’entrée de Schengen comme quasi inexistants ». Selon lui, l’une des méthodes préférées des jihadistes internationaux est la substitution d’identité : la méthode dite du "look-alike". « Il suffit de substituer au passeport de quelqu’un de recherché celui de quelqu’un qui ne l’est pas et qui lui ressemble. Il va passer les contrôles sans problème », assure-t-il.

Un avis partagé par un haut fonctionnaire du ministère de l’Intérieur : « Les personnes recherchées vont privilégier des faux papiers ou des vrais appartenant à quelqu’un qui leur ressemble ou des papiers authentiques obtenus grâce à une administration corrompue », précise-t-il. « Avec de vrais papiers, vous aurez beau vous faire contrôler cent fois, ça ne changera rien, vous circulerez sans difficulté. Il n’y a aucune parade, et c’est bien ça le problème. Une fois qu’on est entré à l’intérieur de Schengen, il n’y a plus de contrôles ».

« Avec les nouvelles mesures (…) on n’attrapera que les neuneus »

Du coup, un renforcement des contrôles aux frontières de Schengen n’empêchera jamais un criminel astucieux de se déplacer à sa guise et de monter des opérations, assurent policiers et experts. Et s’ils demandent que la coopération entre pays de l’UE soit accrue en la matière, avec notamment une mise en commun plus rapide et systématique des informations et des signalements, ils se font peu d’illusions sur la possibilité de contrôler efficacement tous les points d’entrée dans l’union et de suivre à la trace tous les suspects.

« Il faut le dire et le savoir : avec les nouvelles mesures, certes nécessaires, on n’attrapera que les neuneus », confiait à l’AFP, sous couvert de l’anonymat, un haut-responsable de l’antiterrorisme en France, au moment où entraient en vigueur les dispositions comprises dans la récente loi sur le Renseignement.

En prenant quelques précautions, comme éviter de prendre l’avion, brouiller les pistes en multipliant les détours, choisir avec soin des points d’entrée mal surveillés, utiliser des faux documents de qualité ou, mieux, des passeports authentiques, il est relativement simple de se déplacer en restant en permanence sous le radar des forces de l’ordre.

Avec une bonne carte ou un GPS, passer de nuit, en voiture, par une route de campagne ou un chemin de terre entre la Roumanie et la Hongrie, par exemple, offre la quasi-certitude de ne rencontrer personne et de n’être pas contrôlé. En y mettant le prix, rien de plus simple que de parcourir en Zodiac les quelques kilomètres entre la Turquie et certaines îles grecques.

Le Passenger Name Record pas la solution

Un haut fonctionnaire du ministère de l’Intérieur assure que « pour quelqu’un d’organisé avec un peu de logistique, il y aura toujours moyen de rentrer dans Schengen, même si on ferme les frontières (…) Les amateurs qui sont recherchés, s’ils prennent l’avion et qu’ils voyagent sous leurs vrais noms, alors oui ils seront arrêtés. Les autres… »

La mise en œuvre d’un « Passenger Name Record » (PNR) - un fichier européen des données personnelles des voyageurs aériens dont l’adoption par l’Europe est réclamée avec insistance par la France - « n’y fera rien », selon le haut fonctionnaire de l’Intérieur, estimant qu'« il sera une aide à l’enquête mais n’empêchera pas la circulation ».