Assaut à Saint-Denis: Hasna Ait Boulahcen, une «cow-girl» des quartiers devenue kamikaze?

PORTRAIT La jeune femme de 26 ans pourrait faire partie des trois personnes tuées dans l'appartement de Saint-Denis visé par un assaut des forces de l'ordre mercredi matin...

Bérénice Dubuc

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Capture d'écran d'une vidéo du Parisien montrant Hasna Ait Boulahcen, la jeune femme soupçonnée de s'être fait exploser à Saint-Denis.
Capture d'écran d'une vidéo du Parisien montrant Hasna Ait Boulahcen, la jeune femme soupçonnée de s'être fait exploser à Saint-Denis. — Le Parisien

On ignore encore si elle est bien la kamikaze soupçonnée d’avoir actionné mercredi son gilet d’explosifs lors de l’assaut de mercredi à Saint-Denis. Trois corps, dont celui d’une femme dont l’identité doit encore être confirmée, ont en effet été retrouvés dans l’appartement, a annoncé ce vendredi le parquet de Paris. Un sac à main contenant un passeport au nom d’Hasna Ait Boulahcen a aussi été découvert sur les lieux.

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La jeune femme, née en août 1989, à Clichy-la-Garenne (Hauts-de-Seine) avait été mise sur écoute en raison de ses liens avec Abdelhamid Abaaoud, commanditaire présumé des attentats de Paris, son « cousin », mais il pourrait s’agir d’un titre affectueux. C’est en la filant que les forces de l’ordre sont remontées jusqu’à l’appartement de Saint-Denis.

Après une enfance maltraitée, Hasna Ait Boulahcen avait été placée dans une famille d’accueil entre 8 et 15 ans. Une période « heureuse et épanouie », selon un homme qui se présente auprès de l’AFP comme son frère. « Au début, ça se passait bien. C’était une gamine comme les autres », mais sans jamais aucun geste de tendresse, a raconté sa mère d’accueil. Puis les choses se dégradent : « Pour moi, ça venait de chez elle », des visites une fois par mois chez ses parents. Elle se rappelle le 11 septembre 2001, où la fillette « applaudissait devant la télé ».

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Peu à peu, l’adolescente ne fait « que ce qui lui plaît », hurle parfois, fait le mur. Quelques bizarreries aussi : « Elle s’enroulait toujours dans une couette la tête cachée. Elle disait qu’il y avait le diable la nuit ». Elle quitte cette famille d’un coup, à 15 ans. Dernier contact en 2008. « Quand elle est partie, je me suis dit : "elle est perdue" », raconte la mère d’accueil, qui a pleuré en découvrant sa photo à la télévision.

Emotion et stupéfaction aussi à Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), où vit la mère biologique de la jeune femme de 26 ans, qui serait revenue y vivre il y a six mois, avant de décider, il y a 3 semaines, d’emménager chez une amie à Drancy. L’appartement familial d’Aulnay a d’ailleurs été perquisitionné jeudi après-midi. Dans ce quartier populaire de banlieue parisienne, la soudaine transformation d’Hasna Ait Boulahcen avait surpris : celle que ses proches assimilaient à un « garçon manqué », en « jean, casquettes, lunettes » et portant souvent un chapeau de paille lui ayant valu son surnom, « avait commencé par porter le jilbab, puis, un mois après, elle était passée au niqab », a expliqué son frère.

« Une petite fofolle [qui] s’est fait influencer par ces assassins »

A Creutzwald (Moselle), où elle rendait parfois visite à son père de 74 ans, et où des perquisitions ont également eu lieu, la jeune femme laisse le souvenir d’une fêtarde, « avec son petit chapeau de cow-boy et ses santiags », qui « fumait de temps en temps et buvait dans les soirées », raconte un ancien ami. Le père, musulman très pratiquant qui avait quitté le foyer familial pour travailler chez PSA en Lorraine, se trouve actuellement au Maroc.

« En grandissant, elle a manqué de repères et a choisi la fin de l’insouciance, en multipliant les fugues, les mauvaises fréquentations », reprend son frère. Une amie d’enfance, interviewée par Le Parisien, décrit « une petite fofolle, qui avait la joie de vivre, qui profitait de la vie mais qui était dans une mauvaise passe et s’est fait influencer par ces assassins. » Selon le journal belge La Dernière Heure, Hasna Ait Boulahcen a posté le 11 juin dernier sur Facebook une photo avec le commentaire suivant : « Jver biento aller en syrie inchallah biento depart pour la turkie ! » (sic).

Sur les réseaux sociaux, elle ne cachait pas son admiration pour la veuve d’Amédy Coulibaly Hayat Boumeddiene, ajoute le journal belge. Elle n’y serait finalement jamais allée, mais aurait en revanche proposé ses services pour perpétrer des attentats en France.