#jesuischien: L’histoire de Diesel montre qu’«on a besoin de se rassurer»

INTERVIEW Sylvain Delouvée, spécialiste en psychologie sociale, analyse ce phénomène viral...

Propos recueillis par N. Beu.

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Diesel, la chienne du Raid morte le 18 novembre 2015 lors de l'assaut à Saint-Denis. Lancer le diaporama
Diesel, la chienne du Raid morte le 18 novembre 2015 lors de l'assaut à Saint-Denis. — REX Shutterstock/SIPA

Plus de six millions de vues sur Facebook. L’annonce de la mort du chien du Raid Diesel, mercredi, lors de l’assaut antiterroriste mené à Saint-Denis, est la publication de 20 Minutes qui a été le plus vue sur le réseau social depuis près d’une semaine. La preuve d’un problème de hiérarchisation de l’information ? C’est l’avis d’une partie des internautes, qui se sont élevés contre la création et la popularisation de hashtags comme #jesuischien ou #jesuisdiesel sur Twitter. Ce n’est toutefois pas l’analyse qu’en fait Sylvain Delouvée, maître de conférences en psychologie sociale à l’Université Rennes 2.

La mort de Diesel a trouvé un écho énorme sur les réseaux sociaux. Comment l’expliquez-vous ?

Face à un événement extraordinaire et inexplicable, on a besoin de se rassurer. Même les rumeurs et les théories du complot, qui ont fleuri dès vendredi, vont dans ce sens : on se raconte une histoire censée expliquer ce qui vient de se passer. Or pour se rassurer, on s’efforce d’humaniser cet événement terrible ou de le traduire en images pour rendre les choses concrètes et ne pas se contenter de chiffres. Ce sont les photos des victimes, mais aussi, sur un autre plan, ce chien.

Les figures de la grand-mère sur BFMTV et de l’enfant dans « Le Petit Journal » sont aussi des phénomènes viraux…

Le même processus est à l’œuvre. Le point commun de ces figures, c’est qu’elles nous ramènent à notre quotidien. Ce sont des éléments qui nous parlent, qu’on maîtrise, qui sont de l’ordre de l’ordinaire, à l’opposé des attentats.

Quel rôle jouent les réseaux sociaux dans leur popularisation ?

Les interlocuteurs y sont très nombreux et la réactivité est très forte. Les réseaux démultiplient les contacts et rendent donc audibles des éléments qui pourraient passer inaperçus dans la vie réelle. Il suffit que dix personnes, surtout si elles sont très suivies, relaient une information pour qu’elle soit perceptible.

Sans les réseaux sociaux, l’histoire du chien serait-elle passée inaperçue, selon vous ?

Je ne crois pas. L’histoire aurait mis plus de temps à se diffuser ou n’aurait pas pris une ampleur aussi grande. Mais on en aurait parlé avec la publication d’articles sur le sujet. Dans les conflits, il y a souvent des histoires d’animaux dont on parle, réseaux sociaux ou non. Il y a dans l’esprit des gens cette idée que « cette pauvre bête n’a rien demandé ».

Diesel a été tuée dans l’explosion

Posté par 20 Minutes sur mercredi 18 novembre 2015