Mort d'Abdelhamid Abaaoud: L’incroyable loupé des services de renseignements européens

TERRORISME L’organisateur présumé des attentats de Paris a été tué par le RAID mercredi matin lors d’une opération à Saint-Denis…

William Molinié

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Les locaux de la DGSI à Levallois-Perret.
Les locaux de la DGSI à Levallois-Perret. — NICOLAS MESSYASZ/SIPA

La tête de pont du djihad francophone se trouvait donc à Saint-Denis. A quelques centaines de mètres du Stade de France où des kamikazes se sont fait exploser le 13 novembre. Abdehlamid Abaaoud, l’organisateur présumé des attaques de Paris, a été formellement identifié comme faisant partie de l’équipe de djihadistes tués mercredi matin par les hommes du RAID, a annoncé le parquet.

La figure du djihad belge, identifié comme un des plus dangereux islamistes radicaux, a donc réussi à revenir de Syrie, entrer dans l’union européenne, sans doute repasser par la Belgique avant de rejoindre la capitale. Le tout au nez et à la barbe des services de renseignements belges et français. « Plus largement, c’est un énorme loupé des services de renseignement de l’Union européenne », souligne une source du renseignement intérieur, contactée par 20 Minutes. « Comment peut-on expliquer qu’un djihadiste connu et identifié puisse entrer sans problème dans l’espace Schengen ? », s’interroge une autre source policière.

Jean-Jacques Urvoas, député du Finistère, élargit dagantage encore les responsabillités. «S'il y a eu une faille, elle est mondiale», a-t-il réagit sur iTélé.

Il nargue les forces de l’ordre

David Thomson, journaliste spécialisé du djihadisme, indiquait sur France Info que ce raté dépassait « l’étonnement [ou] la faille sécuritaire » « ll faut bien comprendre qui est cet homme. C’est le visage le plus connu du djihad francophone. Son visage s’affichait l’année dernière pendant plusieurs jours en permanence sur toutes les chaînes d’info en France. C’est quelqu’un qui en 2013 et 2014, sur sa propre page Facebook, sous sa vraie identité, postait des vidéos de lui sur le front syrien, lance-roquettes à la main, pour appeler les gens à le rejoindre », décrit-il.

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Depuis 2014, celui qui se fait aussi appeler Abou Omar al-Baljiki (Le Belge) nargue les forces de l’ordre. Présent à Verviers (Belgique) en janvier 2015 lors de l’assaut des forces de l’ordre alors qu’il projetait de commettre un attentat, il était parvenu à rejoindre la Syrie. Il s’était alors permis de donner une interview à Dabiq, le magazine interne à Daesh, dans laquelle il racontait pouvoir voyager tranquillement sans jamais être inquiété.

Il était déjà en Europe 

Le 11 août dernier, les services de renseignement français interpellent un homme rentrant de Syrie. Ce dernier donne des nouvelles d’Abaaoud. Selon lui, le « boucher de Raqqa » a envoyé des combattants en Europe avec des directives très précises : « S’en prendre aux salles de concert et aux stades afin de faire un maximum de victimes ».

Une source policière confiait lundi à 20 Minutes que le scénario des attaques de Paris « était dans les tuyaux ». Comprendre que les menaces qui planaient sur la France étaient connues des services de renseignements français. Une note de la direction des renseignements de la préfecture de police (DRPP), rédigée début novembre, faisait état d’individus suspects préparant « de gros coups » à Paris. Selon France 24, elle n’avait pas été transmise à la DGSI.

D’autres services étrangers avaient d’ailleurs alerté la France de l’imminence d’attentats sur l’Hexagone. Les Irakiens, les Turcs, les Marocains… Fin septembre, les autorités françaises avaient placé Abdelkakim Abaaoud sur la liste des cibles potentielles des frappes aériennes françaises en Syrie. Malheureusement, il était peut-être déjà de retour en Europe. Et préparait, alors qu’on le croyait en Syrie, le massacre de vendredi dernier.