Attentats à Paris: Les policiers satisfaits du port d'arme en dehors du service

TEMOIGNAGES Les policiers se réjouissent d’avoir été autorisés ce jeudi à garder leur arme de service « en tout temps et en tous lieux » pendant la durée de l’état d’urgence…

Romain Scotto

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Illustration: Un policier dans la rue à Paris.
Illustration: Un policier dans la rue à Paris. — Revelli-Beaumont/SIPA

Ils réclamaient la mesure depuis des mois, notamment sous les fenêtres du Ministère de la Justice lors de leur dernière manifestation à Paris. La nuit tragique de vendredi dernier, qui a coûté la vie à 129 personnes, suivie de l’instauration de l’état d’urgence pour trois mois, a modifié les données du problème puisque les fonctionnaires de polices sont désormais autorisés à être armés en permanence. Le Sig Sauer, dont sont équipés tous les policiers, gendarmes et douaniers français, n’est plus considéré comme « arme de service » mais une « arme tout court ».

Largement saluée par les syndicats, cette mesure permet donc à tout officier d’être en capacité « d’intervenir à tout moment de façon appropriée face à un forcené. Pas simplement en leur jetant un briquet ou un paquet de cigarette », ironise Daniel Chomette, de l’unité SGP-FO Isère. Comme de nombreux collègues, il dénonçait jusqu’à présent un paradoxe : « juridiquement et humainement, nous sommes fonctionnaires de police 24h/24h. » Même en période de repos, un policier a l’obligation d’intervenir s’il constate une infraction. Mais face à un terroriste, leurs moyens d’action étaient assez limités.

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A l’affût, même à domicile

« On ne décroche pas vraiment quand on est policier, reconnaît Jean-Marc Bailleul, secrétaire général du SCSI-CFDT. Même à son domicile. On est à l’affût. C’est dans notre façon d’être. Dans notre ADN. On est policier avant tout. On a l’habitude d’être d’astreinte. Sans notre arme on est limités. »

S’ils ne laissent pas leur arme en permanence au commissariat, les policiers la conservent à domicile. Placée dans un boîtier codé, celle-ci doit aussi être en position neutralisée. « Il n’y a pas d’idolâtrie des fonctionnaires pour leur arme. On ne leur donne pas de surnom comme dans les films », enchaîne Daniel Chomette qui comprend les questions suscitées par cet outil de travail particulier.

« On ne demande pas un permis de tuer, loin de là »

Désormais, ils pourront être armés dans le salon familial, au supermarché, à la sortie de l’école ou dans les transports en commun. « Bien sûr que c’est lourd, admet Jean-Marc Bailleul. Mais autant aller au bout des choses. Il ne faut pas de tabou là-dessus. Aujourd’hui, entre midi et deux, quand ils vont déjeuner, ils gardent déjà leur arme sur eux. » Comme d’autres, la conservent le soir après leur service, avant de rentrer chez eux.

« Il n’y aura plus la peur de la sanction administrative ou judiciaire. On ne demande pas un permis de tuer, loin de là. Juste pouvoir se défendre dès lors qu’il y a un danger imminent », enchaîne Frédéric Lagache, secrétaire général adjoint Alliance. Il n’est pas non plus question d’exhiber le pistolet. Des holsters – sortes de bretelles – existent pour porter l’arme au niveau de l’aisselle, sous une veste. A la ceinture, il est possible d’utiliser un étui haut, qui empêche l’arme de pendre sur la cuisse comme en service.

Responsabilité, discernement, confiance

Pour Jean-Marc Bailleul, il est donc déplacé d’envisager d’éventuels abus : « On n’est pas des cow-boys. Les policiers sortent déjà très rarement leur arme en intervention. » le représentant syndical préfère insister sur les notions de responsabilité, discernement, confiance.

La Note de la Direction générale de la Police nationale

« Quand il y a 100.000 policiers en activité, les Français se considèrent-ils en insécurité parce qu’ils ont leur arme ? questionne Daniel Chomette. Un policier ne change pas d’état d’esprit dès lors qu’il est hors-service. » Et ce n’est pas parce qu’il est en civil qu’il est autorisé à faire feu n’importe comment. La note de la direction de la police nationale est d’ailleurs bien encadrée : tout fonctionnaire armé en dehors de son service doit en aviser sa hiérarchie. Il doit aussi avoir effectué une séance d’entraînement au tir dans l’année et porter un brassard de police dès lors qu’il sort son arme de son étui.