Assaut à Saint-Denis: Le récit des 7 heures d’intervention du Raid

TERRORISME Soixante-dix policiers de la force d’élite d’intervention de la police nationale sont intervenus à Saint-Denis ce mercredi…

William Molinié

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Après l'assaut policier de Saint-Denis, le 18 novembre 2015.
Après l'assaut policier de Saint-Denis, le 18 novembre 2015. — KENZO TRIBOUILLARD / AFP

Sept heures de siège. Cinq mille munitions. Cinq policiers légèrement blessés et une chienne de la colonne d’assaut tuée par l’explosion d’un kamikaze. Le Raid, avec l’appui de la BRI, n’a pas tremblé face au commando retranché ce mercredi matin dans un appartement d’un immeuble du centre-ville de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis). Une nouvelle intervention qui intervient cinq jours seulement après celle du Bataclan où les hommes de la force d’intervention de l’élite de la police nationale étaient venus en renfort de la BRI.

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Il est 4h16 quand les policiers d’élite prennent position devant la porte de l’appartement. A l’intérieur, ils pensent trouver deux hommes et une femme. Dont peut-être Abdelhamid Abaaoud, le boucher de Raqqa, commanditaire présumé des attentats de vendredi soir à Paris et au Stade de France. La suite, c’est le patron du Raid qui la raconte lui-même ce mercredi soir au Figaro : « On décide de faire une ouverture de porte à l’explosif, explique Jean-Michel Fauvergue. Malheureusement comme ça arrive quelques fois, ça ne marche pas bien. La porte s’ouvre mal. On a du mal à rentrer et donc l’effet de surprise n’existe pas et très rapidement nos gars sont pris dans des échanges de tirs nourris. On riposte. »

Grenades assourdissantes

C’est alors qu’une des personnes retranchées – identifiée comme une femme au son de sa voix – déclenche « une longue rafale de tirs » puis se fait exploser en actionnant sa ceinture d’explosifs. Le plancher du troisième étage s’effondre. Les vitres volent en éclats. Un morceau de colonne vertébrale tombe à l’extérieur de l’immeuble sur la voiture des policiers.

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Le bâtiment fragilisé, les hommes du Raid progressent lentement. Et sont obligés de composer avec les gravas. Des grenades assourdissantes 40mm sont alors utilisées dans le but d’affaiblir encore plus les assaillants. Les équipes techniques envoient un drone pour tenter de regarder à travers les fenêtres. On n’y voit pas grand-chose. Puis des robots caméras tentent de se frayer un chemin pour donner un aperçu de la situation. En vain.

70 policiers du Raid mobilisés

« On décide de repartir au troisième étage. D’autres personnes sont sur le pallier, deux hommes se cachaient sous du linge et ce qu’ils avaient trouvé. On les arrête. On continue notre progression mais on ne voit plus rien », poursuit dans les colonnes du Figaro Jean-Michel Fauvergue. Le temps des vérifications est tout aussi long. D’autant que les policiers sont dirigés vers un deuxième appartement, mitoyen.

En tout, huit personnes sont interpellées. Au moins deux cadavres sont retrouvés, dont celui de la kamikaze. Les 70 hommes du Raid ont été éprouvés par ce nouvel assaut. L’état-major gère désormais la fatigue et le repos de ces policiers surentraînés et habitués aux situations de crise. « Si cette série continue, le comportement de mes hommes restera le même, si on arrive à conserver du temps de repos ça se passera bien », conclut le patron du Raid.