Attentats à Paris: Les Parisiens partagés entre crainte et refus de céder à la peur dans les transports

REPORTAGE Sur le quai du RER A à l'heure de pointe, les attentats sont très présents dans l'esprit des usagers...

Anissa Boumediene

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Illustration de la station Auber sur la ligne A du RER
Illustration de la station Auber sur la ligne A du RER — S. ORTOLA / 20 MINUTES

C’est la fin de l’après-midi, l’heure pour les Franciliens de quitter le travail et de regagner leur domicile en transports en commun. Reprendre le cours de sa vie, reprendre le chemin du travail, reprendre les transports : pour des millions de Franciliens, cinq jours après les attentats meurtriers qui ont frappé Paris, la vie reprend ses droits. Mais ce mercredi sur le quai du RER A, à l’heure de pointe, les attaques sont bien présentes dans les esprits.

Peur de l’autre

« On n’est pas très à l’aise, témoigne Eric, 31 ans. On se méfie, on est aux aguets. Si je vois un "rebeu" entrer dans le RER, je vais me poser des questions, confesse le jeune homme. C’est malheureux, on a peur, et on en vient à avoir peur des autres, à les stigmatiser. »

Quelques mètres plus loin, sur le même quai, Mohamed, 35 ans, ne cache pas ses angoisses. « J’ai une double peur au ventre, explique-t-il. J’ai peur en prenant les transports en commun, qu’ils soient la cible d’un attentat, mais j’ai aussi peur d’être stigmatisé, d’être pris pour cible en représailles aux attaques du fait que je suis erabe », redoute le jeune homme. Un sentiment de crainte qui fait écho à son passé. « Cela me renvoie aux années noires en Algérie, que j’ai directement vécues quand j’étais enfant. Je n’aurais jamais imaginé éprouver cette peur en France. » Très affecté, Mohamed envisage de parler de consulter la cellule psychologique mise en place dans son entreprise.

Crainte d’une attaque dans les transports

Dans le réseau francilien, « la sécurité est aujourd’hui au niveau humain, à son niveau maximum », a affirmé mardi Jean-Paul Huchon, président (PS) du Stif, l’autorité organisatrice des transports. Entre les effectifs en tenue, les militaires mobilisés, les effectifs des services de la police ferroviaire de la SNCF, la Suge (1.200 personnes), et de sécurité de la RATP, le GPSR (1.000 personnes) : au total, plus de 7.000 personnes sont mobilisables depuis ce samedi pour assurer la sécurité des Franciliens.

« Mais moi je ne les vois pas les militaires ! » s’insurge Marie-Line, 51 ans. « Je prends le RER matin et soir et depuis lundi je n’en ai pas vu un seul », déplore-t-elle. « Pourtant, ça me rassurerait. J’ai peur que les transports ne soient la prochaine cible d’attaques terroristes. Je suis inquiète », poursuit-elle.

Un sentiment partagé par Julie. « J’observe les gens dans le métro, je les regarde et je me demande si l’un d’entre eux a une ceinture d’explosifs », raconte la jeune femme de 30 ans. Dix mois après les attentats de janvier, elle craint que ce sentiment ne l’habite longtemps.

Ne pas céder à la peur

Si la peur domine, d’autres refusent de céder. « Moi je n’ai pas de problème pour prendre les transports. Je ne m’y sens pas en insécurité », affirme Elsie, 41 ans. « Je n’ai pas particulièrement peur, renchérit Christophe, 50 ans. Les probabilités d’une attaque sont faibles, il ne faut pas être fataliste. »

Signe que la vie continue, « je suis même allée au théâtre hier soir », précise Elsie. « Pas question de s’arrêter de vivre, ni de céder à la peur, insiste Christophe. C’est ça la meilleure réponse à donner aux terroristes. »