Attentats à Paris: «Il faut trouver les bons mots pour rassurer les enfants»

ENFANCE Difficile de trouver les mots justes pour aborder les attentats de vendredi avec les plus jeunes…

Anissa Boumediene

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Illustration d'enfants en train de regarder la télévision.
Illustration d'enfants en train de regarder la télévision. — DELAHAYE CATHERINE/SIP

Des images qui tournent en boucle, le récit des attentats sur toutes les lèvres : tout le monde vit depuis vendredi au rythme des événements qui ont frappé Paris et des suites des enquêtes en cours. Mais devant les écrans, autour des discussions des « grands » et même à l’école, les enfants sont confrontés à des faits dont ils ne comprennent pas forcément tout, si ce nest la gravité. Expliquer les événements aux enfants, trouver les mots juste pour les rassurer et s’assurer qu’ils n’en gardent pas d’angoisses sur le long terme : des professionnels de la petite enfance donnent leurs conseils à 20 Minutes pour aider les enfants à surmonter les événements.

Filtrer l’information

« Les enfants sont beaucoup plus sensibles aux images traumatiques », indique le Dr Muriel Salmona, psychiatre et présidente de l’association Mémoire traumatique et victimologie. C’est pourquoi il vaut mieux « filtrer l’information. Les parents peuvent regarder seuls les informations et en montrer ensuite des morceaux choisis à leurs enfants », suggère le Dr Salmona.

L’important, c’est qu’ils « ne restent pas seuls devant ces images », estime Bernard Golse, chef du service de pédopsychiatrie à lhôpital Necker. « Les images impactent les enfants. S’ils les voient seuls, cela peut les hanter, leur donner des cauchemars », abonde Muriel Salmona.

Ne pas rester dans le silence

Au contraire, certains parents sont tentés de tenir leurs enfants à l’écart des événements. « Les enfants sont de véritables éponges émotionnelles », prévient-elle. « Même ceux qui ne seraient pas au courant des événements ressentent les émotions et l’angoisse de leurs parents », assure-t-elle, avant de pointer la chose à ne pas faire : « Il ne faut surtout pas rester dans le silence, il n’y a rien de pire que de faire comme si de rien n’était. »

Parler de ce qu’il s’est passé, même aux tout-petits, est ainsi recommandé par les psychologues et pédopsychiatres. « Il faut leur dire la vérité, préconise le professeur Bernard Golse. Dès qu’ils sont en âge de parler. »

Trouver les bons mots et donner la parole

Mais pas question d’en parler n’importe comment, la pédagogie est de mise. « Il faut trouver les bons mots, adaptés à l’âge de l’enfant », conseille le Dr Salmona. « Les parents doivent expliquer que quelque chose de grave s’est passé. Parler des méchants aux plus jeunes et expliquer les mots employés aux enfants plus grands, à qui il est important d’expliciter des termes comme terroriste ou guerre », poursuit-elle.

Après les explications vient le temps de « la réassurance », indique le Pr Golse. « Les enfants, comme les adultes, ont peur. Et il faut dire que c’est normal d’avoir peur, mais aussi que tout est mis en œuvre pour que de tels faits ne se reproduisent pas », prescrit le pédopsychiatre. Et pour s’assurer qu’ils vont bien, « il faut donner la parole aux enfants. C’est souvent ceux qui parlent le moins qui sont les plus traumatisés », avertit Muriel Salmona.

Etre dans l’action et dans le positif

« Mettre en lumière les choses positives comme les élans de solidarité et les actions héroïques relevées durant ces événements permet aussi d’apaiser ses enfants », explique la psychiatre. Etre dans l’action, même symbolique, peut aussi être une source de réconfort. « Dessiner, allumer une bougie : ces petites choses simples peuvent faire du bien aux plus jeunes, comme aux adultes d’ailleurs », relève Muriel Salmona.

Enfin, « prendre des temps pour la douceur, jouer avec ses enfants, regarder un dessin animé avec eux et montrer que la vie reprend son cours, affirme-t-elle. C’est aussi un moyen de rassurer ses enfants ».