Attentats à Paris: Quand un kamikaze du Bataclan «corrigeait les profs qui faisaient des fautes de français»

TERRORISME Un ami du terroriste Samy Amimour évoque un garçon «bosseur» et «littéraire», qui se serait fait endoctriner…

20 Minutes avec AFP

— 

Samy Amimour, 28 ans, était parti il y a deux ans s'installer en Syrie d'où son père avait vainement tenté de l'exfiltrer
Samy Amimour, 28 ans, était parti il y a deux ans s'installer en Syrie d'où son père avait vainement tenté de l'exfiltrer — HO / Famille Amimour / AFP

Bonnet noir sur la tête, barbe de trois jours, Ali*, 28 ans, est conducteur de bus. C’est lors d’une formation de chauffeur de bus pour la RATP que ce père de deux fillettes rencontre Samy Amimour, kamikaze du Bataclan. Selon lui, son ami s’est fait, « laver le cerveau »…

« C’était un littéraire »

« On était 15 garçons de Seine-Saint-Denis : des liens se sont très vite créés, une sorte de fraternité », se souvient Ali. Pendant ces semaines de cours, ils apprennent le métier, mais font aussi des tests de mise en situation et des exercices en tous genres. « Samy c’était un littéraire, il avait un bac L. Il corrigeait les profs quand ils faisaient des fautes de français ou qu’il y avait des erreurs dans l’énoncé des exercices », sourit le jeune homme, habitant d’une commune voisine de Drancy, en Seine-Saint-Denis, où a grandi le jihadiste de 28 ans.

>> A lire aussi : Attentats à Paris : Al Mohammad, Amimour, Mostafaï, Abdeslam… Qui sont les terroristes ?

Quel était alors le profil du futur kamikaze, parti pour la Syrie en 2013 après avoir quitté la RATP ? « C’était quelqu’un de timide, très sportif, qui rigolait beaucoup même, si c’était pas le premier à lancer des vannes », décrit-il. Des signes de radicalisation ? « Au début non. Il faisait la prière cinq fois par jour, allait à la mosquée du Blanc-Mesnil, mais il n’en parlait pas plus que ça ; il n’y avait aucune radicalité dans son discours. Son truc, c’était plutôt le sport, on louait un terrain de foot à Bobigny pour aller y jouer ensemble ». Son « ami » le décrit aussi comme quelqu’un de « bosseur », sans petite amie connue : « il habitait chez ses parents, donc il avait beaucoup de sous. Il m’en avait même prêté », confie-t-il.

Lavage de cerveau

Pourtant, en 2012, Samy « a changé ». Après 15 mois à la RATP, il démissionne, expliquant que ce travail est « haram » (interdit), « car on y côtoie trop de femmes, trop de tentations ». « Je lui ai dit "T’es malade ou quoi, c’est quoi cette histoire de haram ? Quand tu vas à la boulangerie, y a aussi des femmes !" », se souvient Ali, qui explique que Samy a ensuite trouvé un emploi dans la restauration rapide, dans « un grec », et qu’ils sont restés en contact plusieurs mois, avant qu’il ne disparaisse des radars.

Le jeune homme ne s’est toujours pas remis d’avoir découvert à la télé la photo de son copain, devenu l’un des visages des pires attentats de l’histoire du pays. C’est un de ses collègues de la RATP qui lui a appris la nouvelle lundi matin, après lui avoir demandé s’il était « bien assis ». « Ça a été le choc total, l’incompréhension », résume-t-il, visiblement ému. « Et puis la douleur : pour toutes les personnes qui sont décédées et pour lui. Il était bien. Mais il s’est fait laver le cerveau ». Par qui ? « Je ne sais pas », lâche-t-il.

*Le prénom a été changé.


Attentats à Paris : Qui sont les terroristes ? par 20Minutes

>> Pour suivre les événements de ce mercredi à Saint Denis, c’est ici.