Assaut à Saint-Denis: «Je pense que des balles ont touché ma maison»

ATTENTATS Les habitants du quartier où est mené l’assaut pour neutraliser des terroristes en Seine-Saint-Denis racontent ce qu’ils ont vu…

Nicolas Beunaiche

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Lors de l'assaut antiterroriste à Saint-Denis, le 18 novembre 2015.
Lors de l'assaut antiterroriste à Saint-Denis, le 18 novembre 2015. — Francois Mori/AP/SIPA

Un peu plus de quatre heures du matin, Saint-Denis. Les habitants de la rue du Corbillon et des environs sont endormis quand un vacarme se produit à l’extérieur. Des tirs. Ils ne le savent pas encore, mais la police est en train de mener un assaut antiterroriste, cinq jours après les attentats qui ont frappé Paris.

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Bernard habite au 6 de la rue, « tout près des événements qui ont dû avoir lieu dans un des immeubles soit de ma rue, soit à l’angle avec la rue de la République », selon lui. « Dès 4h ce matin, ça m’a réveillé : il y a eu une série de détonations impressionnantes à 4h20, dont certaines plus importantes que d’autres, puis une période de calme assez prolongée, raconte-t-il. Je ne me suis pas rendormi et j’ai quand même jeté un coup d’œil de temps en temps, les projecteurs de la police éclairaient les toits des immeubles pour vérifier que personne ne s’échappe. »

Luca, un étudiant qui habite à l’angle du boulevard Carnot et de la rue des Chaumettes, a lui aussi été réveillé. Deux détonations, selon lui. « J’ai d’abord cru à des pétards et pour la première fois de ma vie, j’ai appelé la police. Ils m’ont dit qu’une opération était en cours et de ne pas bouger », relate-t-il. Puis « vers 5h, j’ai entendu une femme hurler de terreur quand elle a été évacuée. A un moment, il y a eu des tirs nourris pendant 10 minutes. »

Barricadée avec des matelas

M. Diallo vit, lui, au 1 bis de la même rue depuis un an et demi. Comme ses voisins, il explique avoir été réveillé par les bruits « venant de la rue Corbillon ». « J’ai ouvert la fenêtre et j’ai entendu des cris et des tirs très violents, qui se sont déplacés, dit-il. Je pense que des balles ont touché ma maison. » Impossible toutefois à vérifier. Car depuis, personne n’a évidemment pu sortir de chez lui et tous les volets ont été clos.

Le quartier n’a pas pour autant été évacué. Sika, qui habite au 6 depuis huit ans, ne le comprend pas. « Mon mari n’est pas là, il est en voyage, explique cette mère de quatre enfants de 18 mois, de 4, 11 et 14 ans, enceinte de son cinquième. Il y a les flics partout et je n’ose pas demander de l’aide par la fenêtre… » La trentenaire s’est barricadée avec des matelas, mais elle n’est « pas rassurée ». « J’ai deux fenêtres qui donnent sur l’école maternelle et l’une n’a pas de volets. On a entendu des détonations qui semblent venir du bout de la rue Corbillon. Ça s’est calmé, on n’entend plus de tirs mais on n’est pas rassurés… »

« Je suis morte de peur »

Plutôt que de faire évacuer le quartier, la police semble avoir choisi de faire rentrer les riverains chez eux et de boucler la zone. « J’ai regardé par la fenêtre et tout de suite les policiers, qui étaient très attentifs à ce qui se passait aux fenêtres, nous ont demandé d’éteindre les lumières et de fermer les fenêtres », confirme Bernard. Shania, qui habite à plusieurs centaines de mètres de la rue du Corbillon, leur donne même un coup de main. « J’ai réveillé toutes mes copines pour leur dire de rester chez elles et dès que je vois quelqu’un passer dans la rue, je lui crie de rentrer chez lui », assure-t-elle. Mais rien n’évite la peur : « Je suis morte de peur, je panique. J’ai fermé les stores en me disant que ça pourrait arrêter d’éventuelles balles perdues… »

Un peu plus loin, son mari, M’hamed, a quant à lui été autorisé à reprendre son travail de boulanger rue Gabriel-Péri, « à 400 mètres de la zone d’intervention ». Pourtant, quelques heures plus tôt, il se trouvait dehors quand les tirs ont retenti. Il est alors resté deux heures place du 8-Mai 1945. Rentré ensuite chez lui, il a pu quitter à nouveau son domicile après 7h pour gagner sa boulangerie. « On est ouvert et des policiers et des militaires protègent la rue. » Non loin de là, l’assaut se poursuit.