Après les attentats de Paris, le secteur de la sécurité privée appelé à évoluer

TERRORISME Les entreprises sont très sollicitées. Et ça ne va pas s’arrêter…

William Molinié

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Photo d'illustration. Militaires et forces de police en patrouille sur les grands boulevards.
Photo d'illustration. Militaires et forces de police en patrouille sur les grands boulevards. — A. GELEBART / 20 MINUTES

Quatre jours après les attentats de Paris, les entreprises de sécurité privée sont assaillies de demandes pour faire face à la demande accrue de surveillance et de protection. « Nous sommes extraordinairement sollicités depuis samedi. Pour les événements privés mais aussi publics. Un agent sur quatre travaille pour des commandes publiques », explique à 20 Minutes Olivier Duran, porte-parole du syndicat national des entreprises de sécurité privée (SNES).

Selon lui, les 220 sociétés adhérentes au SNES ont demandé 30 % d’effectifs en plus pour renforcer certains sites, notamment les grands magasins parisiens. « Ça risque de durer, contrairement à janvier dernier. Car il y a les fêtes de Noël qui arrivent », poursuit-il.

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Débats « techniques »

Face à cet accroissement soudain de demandes, les professionnels du secteur réclament des dérogations temporaires pour délivrer plus rapidement les licences de vigiles. Il faut, à l’heure actuelle, au moins trois mois pour qu’un vigile se voit délivrer une autorisation du ministère de l’Intérieur pour travailler. La filière réclame aussi des assouplissements en matière sociale pour aller au-delà des 35 heures et du plafonnement des heures supplémentaires.

Depuis plusieurs mois, les forces de l’ordre réclament le transfert de leurs tâches subalternes au secteur de la sécurité privée : garde de bâtiments, sécurisation d’établissements privés… Des débats « techniques » entre les professionnels et le ministère de l’Intérieur ont régulièrement lieu à Beauvau.

« Payer le prix de la sécurité »

Doit-on s’attendre à voir émerger en France une police privée, à l’instar de ce qui peut exister en Grande-Bretagne ou aux Etats-Unis ? On en est encore loin, assurent les professionnels. Et pourtant il y a urgence. « Il n’y a pas d’autre solution que de faire ce qui se fait déjà dans de nombreux pays : armer une sécurité privée contrôlée par l’Etat, qui puisse offrir au moins une certaine dissuasion face à des attaques de ce type », a expliqué à l’AFP Frédéric Gallois, ancien chef du GIGN.

« Il ne faut pas se précipiter. Armer dans l’urgence tous les vigiles n’a aucun sens », rectifie Olivier Duran. Selon lui, le débat devra avoir lieu mais dans un second temps, « calmement ». En attendant, préconise-t-il, la coopération entre les forces publiques et les sociétés de sécurité privée doivent se renforcer et s’appuyer sur les outils technologiques comme les portiques de sécurité ou les détecteurs d’explosifs. « Enfin, il y a la question de l’argent. Il faut accepter dans ce contexte de payer le prix de la sécurité », conclut-il.