Attentats à Paris: Les actes islamophobes se multiplient

ISLAMOPHOBIE Quatre jours après les attentats, on observe une série d’actes islamophobes visant des personnes et des lieux de cultes...

C.C.M

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Des fidèles musulmans prient à la mosquée Ali à Paris le 23 janvier 2015
Des fidèles musulmans prient à la mosquée Ali à Paris le 23 janvier 2015 — Eric Feferberg AFP

Les actes islamophobes se multiplient depuis vendredi soir après les attentats perpétrés à Paris, et des musulmans craignent que le phénomène ne se propage encore d’avantage. Déjà, après les attentats de janvier, la France avait connu une montée des attaques contre les personnes et les lieux de cultes musulmans.

Agressions racistes

Des agressions physiques ont été relevées, notamment à Pontivy (Morbihan). Samedi, un homme d’origine antillaise a été frappé lors d’une manifestation contre les migrants. Organisée par le groupuscule d’extrême-droite Adsav, celle-ci a rassemblé quelque 200 personnes, qui ont défilé contre l' « immigration massive ». Selon un témoin, ce sont 6 personnes qui ont roué de coup l’homme après l’avoir jeté à terre.

A Cambrai (Nord), c’est un homme d’origine turque qui a été blessé par balle dans la nuit de samedi à dimanche, alors qu’il se trouvait à proximité d’un restaurant-kebab. Le coup de feu a été tiré à partir d’une voiture décorée d’un drapeau bleu-blanc-rouge sur le capot. Aucun doute pour le procureur de Cambrai : l’homme a été attaqué en raison « de sa couleur de peau ». Touché dans le dos, ses jours ne sont pas en danger.

>> A lire : Après les attentats, la crainte de l’amalgame, voire des représailles

« Tranches de porc »

La mosquée Sahaba à Créteil (Val-de-Marne), un lieu de culte musulman et une boucherie halal à Oloron-Sainte-Marie (Pyrénées-Atlantiques), la façade de la mairie d’Evreux (Eure)… se sont retrouvés couverts d’inscriptions à caractère islamophobe et xénophobe. A Pontarlier (Franche-Comté), c’est une croix gammée qui a été taguée dans la nuit de samedi à dimanche sur une mosquée, et « des tranches de porc » ont été déposées devant sa porte, a expliqué le président de l’Association musulmane et cultuelle de la mosquée, Naceur Benyahia.


A Reims (Marne), dimanche, alors qu’une centaine de personnes se recueillaient devant l’hôtel de ville, une dizaine de militants d’extrême droite se sont postés devant la cathédrale avec une banderole sur laquelle on pouvait lire « On est chez nous, islamisation hors de notre nation ». Une vidéo de la manifestation prise par un passant et publiée par L’Union montre des participants faire des saluts nazis.


Sur le Web

Si la toile s’est rapidement remplie de messages de soutien venus du monde entier, on y a aussi vu émerger de très nombreux commentaires islamophobes. Nicolas Hénin, journaliste et ancien otage de Daesh, alerte sur cette dérive dans le quotidien anglais The Gardian : « A partir des réseaux sociaux que les [djihadistes] fréquentent, ils vont faire attention à toutes nos réactions […]. Et ils vont être encouragés par chaque signe de réaction excessive, de division, de peur, de racisme, de xénophobie. »

D’autres voix se font entendre dans la communauté musulmane pour prévenir tout amalgame. Quatre jours après les attentats, plusieurs témoignages de personnes musulmanes directement touchées ou ayant perdu un proche se sont fait entendre, comme celui, bouleversant, d’Abdallah. Lui a perdu deux sœurs et cinq amis vendredi, et affirme que « Ceux qui ont fait ça ne peuvent pas se revendiquer de la religion ».