VIDEO. Attentats à Paris: Le Captagon, drogue de djihadistes, mais pas seulement

TERRORISME Le Captagon, dérivé d'amphétamines populaire au Moyen-Orient, circulerait dans les rangs de Daesh, mais aussi d'Al-Nosra et de l'armée syrienne...

Helene Sergent

— 

Capture d'écran du reportage de Wissam Charaf pour Arte.
Capture d'écran du reportage de Wissam Charaf pour Arte. — DR

Vendredi 13 novembre, Christophe* se trouvait à quelques encablures du Bataclan. Sans se douter du drame qui allait se jouer quelques minutes plus tard, il croise les terroristes dans une Polo noire, relate Le Figaro : « Je suis allé les voir pour leur dire qu’ils étaient mal garés. Ils n’ont pas ouvert la fenêtre et m’ont regardé méchamment. On aurait cru des morts-vivants, comme s’ils étaient drogués ».

D’autres rescapés de la tuerie décrivent des hommes « méthodiques » et « calmes ». Si aucune information n’a encore été communiquée concernant la toxicologie des kamikazes à l’origine des attentats de Paris, des précédents ont déjà fait état de djihadistes drogués, et notamment d’un dérivé d’amphétamines connu sous le nom de Captagon. Seifeddine Rezgui, l’homme qui a abattu 38 personnes sur une plage de Sousse (Tunisie) l’été dernier, aurait quant à lui été sous l’emprise de cocaïne au moment des faits.

>> Suivez l’évolution des événements de la journée en direct

Mardi, des perquisitions menées dans un hôtel du Val-de-Marne où auraient résidé les terroristes présumés, dont Salah Abdeslam, l’homme le plus recherché de France, ont abouti à l’examen de seringues retrouvées sur les lieux, signalait l’hebdomadaire Le Point.

Une « tradition » kamikaze

« Prendre de la drogue avant d’aller au combat n’a rien de nouveau », avance Martine Cador, directeur de recherche au CNRS spécialiste des addictions. Des guerres napoléoniennes à la guerre du Vietnam, la consommation de stupéfiants et de drogues de synthèses permettait aux soldats, et parfois aux bourreaux, de stimuler la concentration et de lutter contre la fatigue.

>> Attentats à Paris > Abdelhamid Abaaoud, le « boucher de Raqqa » est-il en France ?

Le Captagon, entre dans cette catégorie : « C’est un stimulant qui génère une absence de douleur, d’empathie. Il provoque une transpiration abondante et empêche de dormir », précise Dan Velea, psychiatre addictologue. Même si sa prise se fait dans la plupart des cas par comprimé, il peut être injecté par intraveineuse. L’effet du produit serait alors « démultiplié et plus rapide », poursuit le médecin.

« Très simple à fabriquer »

Wissam Charaf est journaliste. En mai dernier, la chaîne Arte diffusait son reportage intitulé La drogue de Daech. Joint par 20 Minutes, le reporter basé à Beyrouth détaille : « C’est une drogue très simple à fabriquer principalement exportée vers les pays du Golfe. Ce sont souvent des villageois aux frontières qui revendent le Captagon aux combattants du Front Al Nosra, à l’Etat Islamique ou à l’armée pour lutter contre la fatigue. En 2014, plus de 50 millions de pilules auraient été vendues et c’est un business qui rapporte 10 à 20 millions de dollars. »

Pour autant, le recours à cette drogue de synthèse ne peut se résumer aux djihadistes et aux soldats, précise Nicolas Hénin, reporter et ancien otage en Syrie pendant près de dix mois : « L’usage du Captagon est probablement surestimé dans les rangs de Daesh. C’est une drogue populaire, mais elle ne touche pas seulement les combattants. Il est probable que les populations civiles en prennent également pour s’assommer et supporter le stress et l’angoisse de la vie quotidienne ».

Les seringues retrouvées dans les chambres louées par Salah Abdeslam sont en cours d’analyse et devraient déterminer si, oui ou non, les terroristes étaient sous l’emprise de la drogue au moment des faits.

*Le prénom a été changé.