Attentats à Paris: «Quelqu’un voulait s’acheter un gilet pare-balles pour prendre le métro»

ARMURERIES De nombreux Parisiens se renseignent sur la possibilité d’acheter des dispositifs de défense. En comprenant très vite qu'il est impossible de se procurer une arme de poing...

Romain Scotto

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Illustration d'une armurerie
Illustration d'une armurerie — Miguel Schincariol / AFP

Depuis samedi matin, au lendemain des attentats qui ont fait 132 morts, le téléphone de l’armurerie de la Bourse sonne presque en permanence. La porte du magasin a aussi tendance à s’ouvrir plus que d’habitude. « C’est toujours comme ça après des périodes de troubles », concède son patron, Yves Gollety. Egalement président de la chambre syndicale des armuriers européens, il avoue répondre à des questions assez inhabituelles. « Ce ne sont pas nos clients, mais des gens qui ont peur et veulent s’acheter une arme pour se défendre. »

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Même constat dans une autre armurerie parisienne, dont la patronne préfère rester discrète. « D’habitude, on n’a que des chasseurs. Là, c’est Monsieur Tout-le-monde, des gens comme vous et moi qui ont vu les images des attentats de vendredi et veulent savoir comment s’acheter une arme de poing. »

Autant évacuer tout de suite le sujet, il est impossible en France de s’en procurer une sans autorisation ou permis spécifique. Hormis les forces de l’ordre dans l’exercice de leur fonction, seuls les pratiquants du tir sportif ou les chasseurs ont le droit d’en détenir une à domicile. Le port d’arme, lui, est encore plus réglementé. Pour une demande de licence classique, de la constitution du dossier à l’obtention des trois tampons d’un club agréé, comptez au moins un an d’attente en Ile-de-France.

Pas la réponse à une menace terroriste

« On explique cela et les gens comprennent que posséder une arme n’est pas la réponse à une menace terroriste », assure cette armurière « citoyenne et responsable », selon ses propres mots. Pour elle, il n’est donc pas question de parler de rush au rayon « autodéfense ». Juste d’une inquiétude généralisée poussant les Parisiens à se renseigner.

Pour ceux qui n’ont pas de permis de port d’arme, il reste les boutons de manchette-cartouche…

Rassurer les inquiets fait donc partie des professionnels depuis trois jours. « Hier [lundi] quelqu’un voulait s’acheter un gilet pare-balles pour prendre le métro, poursuit Yves Gollety. C’est complètement fou, ce n’est pas sérieux. J’ai dû lui expliquer qu’il ressemblerait plus à un terroriste qu’à autre chose avec ça… » Compte tenu de la loi qui encadre les armes en France, logiquement restrictive, les personnes intéressées se retournent sur les armes de catégorie D de types couteaux et bombes lacrymogènes.

« Je ne suis pas chasseur, mais je me renseigne. »

C’est notamment le cas de Florence*, une cliente intéressée par un dispositif d'auto-défense à air comprimé. Le fameux modèle « Soyez libre de ne plus avoir peur. Immobilisation immédiate de l’agresseur. 8 fois plus rapide qu’un spray lacrymogène. » Rien que ça. Un peu plus tôt, un homme voulait « juste regarder » les différents modèles de fusils pour sa maison de campagne en Bourgogne. « Je ne suis pas chasseur, mais je me renseigne. Quand on est seul le soir, on ne sait jamais. »

De leur côté, les vendeurs assurent ne pas « profiter » de ce contexte anxiogène pour booster leur chiffre d’affaires. « Pendant quinze jours, on va vendre des bombes lacrymo. Et des munitions aux gens qui ont des autorisations. Mais c’est tout. » Paradoxalement, ce genre d’événements ne serait pas « porteur » pour le marché officiel. Par expérience, les armuriers craignent un renforcement des normes, des contraintes de stockages, à l’échelle européenne dans les mois à venir.

*Le prénom a été modifié