Attentats à Paris: «Le hacking peut avoir un impact sur la logistique de Daesh»

INTERVIEW Fabrice Epelboin, cofondateur de Yogosha (sécurité informatique), analyse la «réaction massive» contre Daesh annoncée par les Anonymous au lendemain des attaques parisiennes...

Propos recueillis par Helene Sergent

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Une capture d'écran de la vidéo d'Anonymous après les attentats du 13 novembre 2015.
Une capture d'écran de la vidéo d'Anonymous après les attentats du 13 novembre 2015. — Youtube

La réponse a été quasi immédiate. Samedi, au lendemain des attentats qui ont meurtri Paris et causé la mort de 129 personnes, une vidéo a été postée par des internautes se réclamant des Anonymous. Le message, appuyé par une mise en scène angoissante, similaire à celui posté suite aux attentats de janvier dernier, s’adresse aux terroristes de Daesh et annonce une « réaction massive ». Pour Fabrice Epelboin, cofondateur de Yogosha (sécurité informatique) et professeur à Sciences Po, au-delà de l’impact réel, c’est la charge symbolique du message qui doit être soulignée.

Quels sont les leviers d’action des Anonymous dans la lutte contre Daesh ?

Depuis les attentats de janvier, on remarque deux types d’actions : les attaques informatiques et le signalement de masse. Les premières consistent à détruire ou désactiver les sites du groupe Etat Islamique (EI). Même si ces sites sont généralement peu sécurisés, ce hacking est coordonné par une élite et par des « hacktivistes » particulièrement qualifiés. La seconde concerne les comptes Twitter ou Facebook de membres de Daesh. Cela revient à publier une liste de comptes à signaler et tout le monde peut contribuer. Au-delà d’un certain nombre de signalements, les comptes sont radiés.

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Ces actions ont-elles un réel impact ?

Le hacking peut avoir un impact logistique et peut priver Daesh de moyens de communication même s’il est souvent aisé de les reconstituer. Que ce soit en janvier dernier ou au lendemain des attaques terroristes du 13 novembre, on constate une activité massive sur les canaux utilisés par les Anonymous. Cela ne va évidemment pas arrêter l’activité terroriste de Daesh mais cet appel a le même impact symbolique qu’arborer un drapeau bleu-blanc-rouge sur sa photo de profil Facebook. Cela aide à constituer un groupe autour de valeurs.

Ces actions peuvent-elles aider l’action des services de renseignement ?

Anonymous est un acteur de première importance. Les services regardent attentivement leurs activités et les attaques lancées. En revanche, leurs moyens et leurs modes d’actions sont sensiblement différents. Les services de renseignement auront tendance à récupérer les informations qui sont disponibles sur les sites internet tenus par les terroristes, à sonder leurs comptes. Les hacktivistes eux, constitués par la foule, la masse, ont une approche plus directe qui consiste à tout détruire. Cela peut parfois interférer avec les actions des renseignements. Ce message des Anonymous est également un moyen de communication efficace. Ce combat contre Daesh permet de contrebalancer l’image négative véhiculée par les autorités et les médias à l’égard des hackers.