Attentats à Paris: Dans le 11e arrondissement, «Si tu ne bois pas, t'as le cœur qui part en couille»

REPORTAGE Quartier vivant, aux rues bordées de cafés et accueillant de nombreuses salles de concert, le 11e arrondissement, lieu de résidence et de sortie de la jeunesse parisienne ne compte pas changer son identité…

Claire Barrois

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La rue de Charonne avec des passants, lundi 16 novembre au matin.
La rue de Charonne avec des passants, lundi 16 novembre au matin. — Claire Barrois

Rue de Charonne, la vie a repris son cours. A deux pas de La Belle Equipe et à quelques centaines de mètres des autres attaques terroristes du vendredi 13 novembre, le 11e arrondissement ne laisse rien paraître. Les rues sont animées et les cafés accueillent des clients. Presque comme avant.

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Les stigmates des attaques sont partout : fleurs, bougies, impacts de balles. Personne ne peut éviter d’y penser. Et pourtant, chacun voit ce quartier comme il a toujours été : vivant. Maholy, une riveraine de 29 ans, affirme : « Etrangement, je m’y sens toujours en sécurité, parce que c’est chez moi, c’est mon quartier, et que j’adore les gens qui s’y trouvent. »
Sans tomber dans la caricature de ceux qui affirment vouloir sortir plus « pour résister », la plupart des habitants du quartier veulent vivre normalement, tout en gérant leur émotion. « Face à l’ouverture des commerces juste à côté du Belle Equipe, dont ma boulangerie, je refuse d’avoir peur, s’emporte Maholy. J’ai décidé de ne rien changer à mon agenda et de continuer à vivre comme prévu ! »

 

La brasserie Le Rouge Limé, son serveur et ses habitués accoudés au bar, lundi 16 novembre au matin, rue de Charonne. - Claire Barrois

 

« Une ambiance village, les gens se connaissent »

Car ce quartier, peut-être plus qu’un autre à Paris, incarne la jeunesse et la fête. Sébastien, 28 ans, attablé devant un brunch à la brasserie lundi matin, au coin de la rue de Charonne et du boulevard Voltaire, estime que « c’est l’endroit le plus vivant de Paris. Ce n’est pas prétentieux, il y a une ambiance village, les gens se connaissent et on se sent bien à côté de chez soi. »

Florian, serveur au Rouge Limé, est persuadé que les événements horribles du week-end auront peu d’impact sur la fréquentation des cafés du quartier. « Hier, nous avons eu beaucoup de monde, assure-t-il. Aujourd’hui, c’est un lundi plus calme que d’habitude mais on verra sur la durée. Je pense qu’il y aura peu d’impact parce que les gens ont besoin de s’aérer la tête.

Un avis que partage Sébastien. Avec son ami Jérôme, ils étaient à la terrasse du Petit Baïona, le restaurant voisin de La Belle Equipe vendredi soir. Souriants, ils semblent sereins. Pourtant ils n’ont presque pas dormi du week-end, écoutant de la musique fort pour oublier le bruit des balles, regardant des séries pour ne plus voir les images des cadavres qu’ils ont dû enjamber pour fuir. Et aujourd’hui, ils ont posé leur journée pour pouvoir profiter de la vie et aller voir un ami qui a reçu une balle à l’hôpital.

Sébastien et Jérôme en train de bruncher dans la brasserie Le Rouge Limé dans le 11e, lundi 16 novembre. - Claire Barrois

« Si tu ne bois pas, t’as le cœur qui part en couille »

Ce week-end, ils sont sortis, beaucoup. « Cela fait trois jours qu’on se bourre la gueule, confie Jérôme. Si tu ne bois pas, t’as le cœur qui part en couille. » Et ils comptent continuer à boire des bières dans le quartier, même s’ils se disent plus méfiants. « On ne va pas se terrer, ajoute Sébastien. Mais là, par exemple, on s’est installé dans la salle, loin de la fenêtre. »

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C’est décidé, le quartier restera un lieu synonyme de joie. « Je déménage, confie Sébastien. C’était prévu depuis un moment mais les deux attentats [ceux de Charlie Hebdo en janvier et ceux du 13 novembre] qui ont eu lieu dans l’arrondissement ont accéléré mon départ. Je reviendrai quand même y faire la fête. »