VIDEO. Attentats à Paris: Le renseignement belge a-t-il commis des erreurs?

TERRORISME Les failles de la Belgique, où une partie des kamikazes identifiés après les attentats de Paris résidaient, ont été pointées du doigt...

Nicolas Beunaiche

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Des policiers belges à Molenbeek, en Belgique, le 16 novembre 2015.
Des policiers belges à Molenbeek, en Belgique, le 16 novembre 2015. — Geert Vanden Wijngaert/AP/SIPA

Des terroristes résidant en Belgique, des véhicules loués en Belgique, des interpellations en Belgique… Après les attentats qui ont frappé Paris vendredi soir, les enquêteurs ont rapidement été mis sur la piste du voisin belge, chez qui les attaques ont été manifestement préparées, selon le ministre de l’Intérieur français, Bernard Cazeneuve.

Ce week-end, le royaume a donc été logiquement critiqué pour ne pas avoir repéré les individus qui ont frappé la France. « Quel échec pour nos services de renseignement ! », s’est notamment exclamé dans une interview au Soir Philippe Moureaux, l’ancien maire de Molenbeek, la ville où résidaient certains des kamikazes, non sans égratigner également les services français.

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Abdeslam contrôlé puis relâché

Les Belges ont-ils failli ? Louis Caprioli, ancien responsable de la lutte contre le terrorisme à la Direction de la surveillance des territoires (DST), ne le croit pas : « Leur fonctionnement est efficace », assure-t-il, en écho aux propos de Bernard Squarcini, l'ancien patron de la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI), sur Radio Classique. Mais il rappelle aussi que « la Belgique est un petit pays qui ne peut pas avoir des services de renseignement pléthoriques ». Un paradoxe quand on sait que le pays est celui qui compte le plus grand nombre de volontaires partis combattre en Syrie ou en Irak, proportionnellement à sa population.

La présence de terroristes en Belgique, et en particulier à Molenbeek, n’est pas une nouveauté. En 2001, c’est dans cette ville qu’avaient séjourné les assassins du commandant Massoud, en Afghanistan, tout comme Hassan El Haski, condamné pour avoir été l’un des concepteurs des attentats de 2004 à Madrid (191 morts et 1.800 blessés), ou encore Mehdi Nemmouche, le principal suspect de l’attentat au Musée juif de Bruxelles en mai 2014, selon l’AFP. Mais longtemps, « on n’a pas voulu le voir », regrette Alain Chouet, ancien chef du service de sécurité du renseignement à la DGSE, qui précise tout de même que l’attention des autorités s’est nettement accrue depuis l’affaire Nemmouche.

Ainsi, le suspect activement recherché, Salah Abdeslam, était fiché en Belgique pour criminalité organisée, mais sans mandat d’arrêt. Une information que les Français avaient à leur disposition, puisque le Fichier des personnes recherchées (FPR) est alimenté par toutes les polices de l’espace Schengen. Lors d’un contrôle routier réalisé par des gendarmes français à Cambrai (Nord), samedi, son nom est donc ressorti. Mais n’ayant aucune connaissance de son implication dans les attentats de Paris, les forces de l’ordre l’ont logiquement laissé repartir, raconte Le Parisien. « Même si Abdeslam avait été fiché en France, il n’aurait pas été arrêté », affirme Alain Chouet.

« Mutualisation » des services ?

Pour Louis Caprioli, malgré les apparences, l’épisode illustre la qualité de la coopération entre les services de renseignement. « La communication est très étroite entre les pays européens, et notamment entre la France et la Belgique, explique-t-il. Il y a des échanges d’informations, des réunions, des traitements de sources en commun… » Et l’ancien patron de la DST de donner des exemples concrets de la réussite de ce travail en commun : « Aujourd’hui, si un individu suspect voyage d’un territoire à un autre, son pays d’origine en informe son voisin. Si une filature a commencé dans un pays, son voisin prend la suite sur son sol. » Peut-on faire plus ?

Le Premier ministre belge, Charles Michel, a promis plus de « répression » et plus de « moyens ». Le ministre de l’Intérieur a, quant à lui, déclaré qu’il allait « faire le ménage » à Molenbeek et qu’un « plan d’action » était en préparation. Avec son homologue français, Bernard Cazeneuve, ils ont enfin affiché leur « détermination à agir ensemble […] pour démanteler les filières djihadistes » sur un plan policier et judiciaire. Mais pour Louis Caprioli, « ce ne sont que des mots, de l’affichage ». « La coopération est déjà très approfondie, on ne peut quand même pas fusionner les deux services », ajoute-t-il, compte tenu des divergences d’intérêts entre les Etats (la France est engagée en Syrie, pas la Belgique par exemple).

Alain Chouet serait, lui, favorable à une « mutualisation de nos services et de nos connaissances ». « C’est possible », affirme-t-il. Un dispositif qui permettrait peut-être de répondre à la stratégie des djihadistes qui, comme Daesh leur a récemment conseillé, ont montré leur capacité à frapper des pays voisins du leur, pour échapper au radar.