Attentats à Paris: Daesh change-t-il de stratégie pour imiter Al-Qaida?

REVUE DE PRESSE La presse américaine s'interroge devant l'intensification des attentats à l'étranger...

M.C.

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Un mouvement de panique s'est emparé de la foule qui rendait hommage aux victimes des attentats à Paris, le 15 novembre 2015.
Un mouvement de panique s'est emparé de la foule qui rendait hommage aux victimes des attentats à Paris, le 15 novembre 2015. — Peter Dejong/AP/SIPA

Des attentats à l’étranger plus nombreux, apparemment mieux coordonnés. Les attaques qui ont fait au moins 132 morts à Paris et Saint-Denis vendredi soir, les dernières en date revendiquées par Daesh, montrent encore une fois la détermination de l’organisation djihadiste à poursuivre sa politique de terreur à une échelle plus importante, amenant la presse anglo-saxonne à s’interroger sur un possible changement de stratégie au sein de l’organisation pour prendre en exemple les attentats passés d’Al-Qaida.

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Vendredi soir, alors que les attentats de Paris n’avaient pas encore été revendiqués, « l’apparente coordination et planification semblait pointer du doigt Al-Qaida, l’ancien allié de Daesh devenu rival, mieux connu pour avoir été en lien avec des attaques complexes contre des cibles internationales », écrit The Atlantic, en référence notamment aux attentats de Madrid en 2004 et à ceux du métro de Londres en 2005.

«Daesh voulait un attentat "spectaculaire" comme ceux qui ont fait connaître Al-Qaida»

Depuis mi-octobre, Daesh et ses branches locales ont multiplié les attaques meurtrières : l’attentat d’Ankara qui a fait 102 morts le 10 octobre, attribué à Daesh par les autorités turques, l’explosion d’un avion russe au-dessus du Sinaï qui a fait 224 morts le 31 octobre, et au Liban les attaques-suicides de Beyrouth, qui ont tué 44 personnes le 12 novembre.

« Daesh voulait un attentat "spectaculaire" comme ceux qui ont fait connaître Al-Qaida », selon une source anti-terroriste citée par le Financial Times (article payant). « Il restait à savoir – jusqu’à vendredi - si le groupe djihadiste en avait la capacité », note le journal. L'organisation, qui a longtemps compté sur des « loups solitaires » pour commettre des attentats à l’étranger, « semble maintenant vouloir passer à la vitesse supérieure pour inspirer ses partisans, et lancer des attaques mieux planifiées et coordonnées », observe le Financial Times.

Une différence dans le choix des cibles

La presse américaine note cependant les différences dans le choix des cibles, les attaques « aveugles » de Paris allant à l’encontre des consignes d’Al-Qaida. « En 2013, rappelle le New York Times, le chef d’Al-Qaida, Ayman al-Zawahiri, avait appelé à éviter les attentats qui pourraient causer la mort de "civils" musulmans, de femmes et d’enfants », déconseillant par exemple les attaques contre les marchés.

Bien que les différentes branches d’Al-Qaida se soient écartées de ces lignes à plusieurs occasions, leurs attaques montrent des choix de cibles plus précis, note le journal, citant l’attentat contre Charlie Hebdo commis par les frères Kouachi, et revendiqué par Al-Qaida dans la péninsule arabique (Aqpa), la branche yéménite de l’organisation terroriste.

Changement de stratégie?

« Ils projettent leur terreur plus loin et plus fort », estime Patrick Skinner, ancien responsable de la CIA, cité par le quotidien new-yorkais, tandis que Will McCants, ancien conseiller en matière d’antiterrorisme au département d’Etat américain, relève sur Twitter « un changement majeur dans la stratégie internationale » de Daesh, si l’organisation a bien coordonné les attaques contre Paris et l’avion russe en Egypte.

Tous les analystes ne sont cependant pas convaincus. « Daesh est suffisamment complexe pour suivre, simultanément, plusieurs voies », estime ainsi le journaliste Yassin Musharbash. « Ce qui signifie que tout ce qui arrive n’est pas forcément un changement de stratégie ! ».