Après les attentats, la crainte de l’amalgame, voire des représailles

ISLAMOPHOBIE Des tags racistes ont fleuri dans plusieurs villes de France dès la nuit de vendredi à samedi, et un homme d'origine maghrébine a même été passé à tabac samedi...

B.D. avec AFP

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Place de la République, le 14 novembre 2015, au lendemain des attentats de Paris.
Place de la République, le 14 novembre 2015, au lendemain des attentats de Paris. — L. Beaudonnet / 20 Minutes

Comme au lendemain des attentats de janvier, la crainte que partagent des Français de confession musulmane après les attaques de vendredi : c’est l’amalgame entre leur foi et les violences meurtrières de Daesh, menées « au nom d’Allah ». Semble-t-il, à raison, puisque dès la nuit qui a suivi les attaques, des croix dégoulinantes d’une peinture rouge sang ont été dessinées sur des murs de la mosquée de Créteil (Val-de-Marne), selon l’Observatoire contre l’islamophobie du Conseil français du culte musulman (CFCM).

D’autres inscriptions, notamment « France réveille-toi ! », ont été découvertes sur les portes d’une salle de prière musulmane et d’une boucherie halal à Oloron-Sainte-Marie (Pyrénées-Atlantiques), a-t-on indiqué de même source. A Evreux (Eure), des tags racistes et des inscriptions du type « mort aux musulmans » ou « la valise ou le cercueil » ont été inscrits sur la façade de la mairie et « en différents endroits » de la ville. Pire : un homme d’origine maghrébine a été passé à tabac samedi à Pontivy (Morbihan), lors d’une manifestation contre les migrants, organisée par le groupuscule régionaliste identitaire Adsav.

« Rester solidaires et unis »

Des actes haineux qui rappellent ceux qui avaient suivi les attentats contre Charlie Hebdo 21 actions (tirs, grenades lancées…) et 33 menaces (lettres, insultes, etc.) en cinq jours. Le président de l’Observatoire contre l’islamophobie et secrétaire général du CFCM, Abdallah Zekri, regrette le « silence un peu inquiétant » qui entoure, depuis vendredi, les premières manifestations d’hostilité, et se dit « persuadé que ce phénomène va se renforcer. Je ne peux donc qu’appeler les musulmans de France à la prudence ».

Le Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF) a pour sa part appelé à « rester solidaires et unis », « la meilleure réponse que nous puissions apporter aux tentatives de division ». Même son de cloche chez les acteurs du dialogue interreligieux, qui craignent que l’unité de la société prévalant dans les discours politiques et médiatiques depuis vendredi se fissure rapidement. « Aujourd’hui plus que jamais, la communion dans la prière et le refus des amalgames sont nécessaires », estime le Groupe d’amitié islamo-chrétienne (GAIC).

Mobilisation sur les réseaux sociaux

Pour éviter que les actes islamophobes se multiplient, associations comme particuliers se mobilisent. Issam, 24 ans, a ainsi partagé une conversation qu’il a eue avec sa mère ce dimanche après-midi. Le jeune homme a expliqué à BuzzFeed qu’il s’était « tourné vers [s] a mère » après les événements. « Elle m’a d’abord réconforté avant de, spontanément, me lâcher : “Nous, musulmans, nous allons être pointés du doigt mais pas question de s’emporter. Rappelle à ceux qui se trompent que tu es avant tout un enfant de la République, cette belle République laïque. Que tu n’es pas une religion, pas prêt à être leur excuse.” »

Issam a ensuite décidé de tweeter le message de sa mère pour « partager son message de paix ». Il pense en effet « qu’il peut apaiser certaines tensions, faire sortir certaines personnes de leurs craintes ». Le tweet a été partagé plus de 3 000 fois sur le réseau social, et a attiré de nombreuses réactions positives.

L’association Coexister, collectif de jeunes croyants ou agnostiques, s’active, elle aussi,, notamment sur les réseaux, sous le hashtag à succès #NousSommesUnis. Elle a aussi lancé #VoisinsUnis, une opération censée « favoriser les lieux de rencontre » et « mettre des mots sur l’indicible ». L’association a également publié une tribune dans Libération intitulée « Nous sommes unis » : « Le but de la terreur, au-delà du chiffre macabre des victimes, est de provoquer la division d’une nation, d’une famille. Un piège nous est tendu ! Nous devons refuser d’y succomber ! » Et d’appeler à traduire « nos intentions dans l’action », en donnant son sang, soutenant les ONG, et en luttant contre le racisme et les préjugés.