VIDEO. Attentats à Paris : Les rumeurs empoisonnent les scènes de recueillement

TERRORISME Des scènes de panique se sont déroulées dimanche soir dans les rues de Paris...

Antoine Maes

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Des forces de police après un mouvement de foule Place de la République, le 15 novembre 2015, à Paris.
Des forces de police après un mouvement de foule Place de la République, le 15 novembre 2015, à Paris. — JOEL SAGET / AFP

Angle du Boulevard Richard-Lenoir et de la rue Oberkampf, dimanche soir. Il est 18h, et Valentin (27 ans) vient déposer une fleur sur les autels improvisés qui s’amoncellent tout autour du périmètre de sécurité ceinturant le Bataclan. « C’est pour la copine d’un ami qui est décédée. C’est important que les gens se réunissent, mais il y a quand même une tension, un truc fragile dans l’air. Il faut faire attention, avec les foules… Moi je pose juste ma fleur et je pars ».

Boulevard Ledru-Rollin. (A.MAES/20Minutes)

Les propos du jeune homme prennent tout son sens une demi-heure plus tard. A peine 100m plus loin des journalistes d’une chaîne de télévision turque sont pris à partie. Des jeunes gens les accusent d’être « à la solde d’Erdogan », qui serait selon eux « un allié de Daesh ». Il est 18h30, et la tension va encore monter.

L’altercation se termine rapidement : Descendant en courant en provenance de la place de la République, des groupes de gens crient : « Mettez-vous à l’abri, ils tirent, ils arrivent ». C’est le chaos. La rue de Crussol est bloquée, des automobilistes ont abandonné leurs véhicules. Un patron de bar jaillit de sa terrasse et demande à policier en faction s’il doit abriter les gens ou les renvoyer chez eux. Réponse : « Rentrez chez vous, on sait pas où ils sont, ils sont partout ».

Chaos au café le Charlot, « les gens ont jeté les tables sur les vitres »

18h55 : Le téléphone vibre, SMS : « Coups de feu rue Charlot ». On part vérifier, c’est à 800m. Sur place, deux voitures de police quittent les lieux. Un riverain raconte que la foule « a cru qu’il y avait des tireurs, ils ont saccagé le café en bas de la rue ». Un autre regrette que les forces de l’ordre ne soient pas plus claires dans leurs consignes. Son voisin le coupe : « Ils sont à cran, eux comme nous ».

Au Charlot, les serveurs passent le balai sur la terrasse. Les chauffages extérieurs sont en ruine. Mais les vitres sont intactes. Un témoin, qui patientait au feu rouge sur son scooter, raconte la scène. « Il était 18h45. Il y avait une voiture de police au même niveau qu’un VTC. Ils parlaient, et il y a eu deux ou trois accélérations. On a entendu comme un coup de feu, mais pas aussi fort. Tous les gens se sont jetés à terre, ont jeté les tables contre les vitres et sont rentrés dans le café. Ils ont tout explosé dedans, c’est normal tout le monde a cru que ça tirait ».

Le Charlot (A.MAES/20Minutes)

Les derniers « réfugiés » quittent l’établissement. Ils ont essayé de grimper dans les étages ou de descendre à la cave. Après une énième rumeur non confirmée qui a provoqué la panique. Pêle-mêle, on évoque des gamins qui auraient balancé des pétards en criant « Allahu Akbar ». A moins qu’une ampoule ayant explosé ait fait peur à tout le monde. Toutes les rumeurs viennent du même endroit : la Place de la République.

 

La scène se déroule aux alentours de 18h30, la place s’est vidée. Une heure plus tôt, à la sortie du métro, des milliers de personnes étaient rassemblées. En sortant du métro, on les entendait scander « On n’a pas peur ».