Attentats à Paris: «On va tenter de continuer à vivre, ne pas changer nos habitudes»

ATTENTATS A PARIS Des milliers d'anonymes se sont recueillis dimanche sur les lieux des attentats...

Victor Point

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Scènes de recueillement le 15 novembre 2015 à Paris après la série d'attentats qui a fait au moins 129 morts. Des anonymes déposent fleurs, bougies et dessins devant Le Carillon et le Petit Cambodge. Lancer le diaporama
Scènes de recueillement le 15 novembre 2015 à Paris après la série d'attentats qui a fait au moins 129 morts. Des anonymes déposent fleurs, bougies et dessins devant Le Carillon et le Petit Cambodge. — V. Point / 20 Minutes

Comme une revanche, les rues de la capitale étaient aussi vides samedi que pleines ce dimanche. Le beau temps y était-il pour quelque chose ? Dès midi, les terrasses se sont remplies, les verres ont tinté, les conversations se sont animées. Les piétons se sont réapproprié la chaussée, pour essayer de vivre un dimanche comme les autres.

Scènes de recueillement le 15 novembre 2015 à Paris après la série d'attentats qui a fait au moins 132 morts. Des anonymes déposent fleurs, bougies et dessins devant Le Carillon. - V. Point / 20 Minutes

A l’approche des lieux des attentats, la foule bigarrée se faisait plus dense et plus silencieuse. Un flot intarissable de personnes se sont recueillies toute la journée, déposant bougies, mots, fleurs, dessins et larmes. Devant le Carillon et le petit Cambodge, des centaines de gens se relaient.

Scènes de recueillement le 15 novembre 2015 place de la République à Paris après la série d'attentats qui a fait au moins 132 morts. - V. Point / 20 Minutes

« Cela aurait pu être nos gosses ! »

Elise est venue se recueillir avec sa fille, Léna, 7 ans. Les larmes aux yeux, profondément choquée, elle lui lit les différents messages de soutien posés contre le café. « On habite toutes les deux juste à côté. On a entendu les coups de feu, on a regardé par la fenêtre. » « J’ai vu une dame tomber, reprend Léna. Je ne sais pas si elle est morte. » « Je n’ai jamais été autant fatiguée, explique Elise. C’est très émouvant, très important, cette solidarité qui s’exprime. » C’est la première fois qu’elle ose revenir devant le café qu’elle connaît si bien. « On va tenter de continuer à vivre, ne pas changer nos habitudes. » Ce qui inquiète le plus Léna ? Le gros chat du quartier. « Il venait manger dans tous les restaurants du coin. J’espère qu’il n’a rien. »

 

Aurore et Sekouba, la trentaine, habitent eux aussi le quartier depuis plusieurs années. Ils sont venus déposer une bougie et un petit mot espérant la réouverture le plus rapidement possible des deux établissements. Le Petit Cambodge ? « Je rouspétais car je trouvais toujours leur bobun trop cher », commence Sekouba. « Oui, mais je le trouvais très bon, donc on y allait quand même », reprend Aurore, un sourire timide aux lèvres, les yeux rougis cachés derrière des grosses lunettes de soleil. « Si je n’avais pas été enceinte, j’aurais pu être à la terrasse du café, s’inquiète-t-elle. Mon enfant m’a peut-être sauvé la vie. Mais moi, comment je vais faire pour protéger la sienne ? »

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A peine 500 m plus loin, devant la Bonne bière et la Casa Nostra, le même recueillement. Ici aussi, des centaines de personnes tentent de réaliser ce qu’il s’est passé. Catherine, 55 ans, est en pleurs. « Cela aurait pu être nos gosses ! » s’exclame-t-elle en compagnie de son mari, Alain, 68 ans. Tous les deux habitent dans le 6e arrondissement, mais leurs enfants sont plutôt rive droite… Catherine sèche ses larmes. « Il faut continuer à vivre, assène-t-elle. On a mal, mais il faut continuer à vivre. »

Scènes de recueillement le 15 novembre 2015 à Paris après la série d'attentats qui a fait au moins 132 morts. Câlins gratuits place de la République. - V. Point / 20 Minutes