Attentats à Paris: «C'est le deuxième verre qui m'a sauvé la vie»

TÉMOIGNAGE Christian était assis à la terrasse du bar La Bonne Bière, rue de la Fontaine-au-Roi, vendredi soir, lorsque la fusillade s'est produite...

Laure Cometti

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Christian, attablé à la Bonne bière à Paris vendredi 13 novembre au soir, est un miraculé.
Christian, attablé à la Bonne bière à Paris vendredi 13 novembre au soir, est un miraculé. — V. Point / 20 Minutes

Parmi les dizaines de personnes attroupées devant La Bonne Bière, ce dimanche en milieu d’après-midi, un homme regarde fixement trois impacts de balles dans le bas de la vitrine de ce bar. Christian est un miraculé. « C’est là que j’étais assis quelques secondes avant », lâche-t-il d’une voix éraillée. Vendredi soir, des hommes armés ont abattu 5 personnes à l’angle des rues du Faubourg du temple et de la Fontaine-au-Roi, dans le XIe arrondissement de Paris.

La façade criblée de balles de la Bonne bière, dimanche 15 novembre. - V. Point / 20 Minutes

 

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« Au départ on a cru que c’était des pétards, des enfants qui s’amusaient »

Tout avait commencé comme un vendredi normal, raconte-t-il à 20 Minutes. « J’ai rejoint une amie, on devait aller à un concert au Gibus. On a décidé de boire un verre avant. On a hésité entre Le Petit Cambodge ou La Bonne Bière. » Ces deux adresses, qui font partie des favorites de Christian, revêtent aujourd’hui un caractère tragique. Le restaurant asiatique a lui aussi été visé par les terroristes vendredi soir, 15 personnes y sont mortes.

Avec son amie, âgée d’une cinquantaine d’années, il s’installe en terrasse. « Il était 21 heures et des brouettes. Après le premier verre, on s’est dit qu’on allait en reprendre un. C’est ce deuxième verre qui m’a sauvé la vie. Je me suis levé pour aller payer le premier verre et en commander un deuxième. À l’intérieur, tout était tamisé, mais on a commencé à voir des étoiles. On pensait au départ que c’était des pétards, des enfants qui s’amusaient. Tout d’un coup j’ai entendu une voix de femme crier « c’est quoi ces enculés ». Après j’ai vu qu’elle était couchée. »

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Dans sa fuite, il est blessé au bras par une balle

À l’intérieur du bar, Christian pense d’abord qu’il s’agit d’un « café piégé, comment on entend souvent ça. Donc je me suis dit "sauve qui peut !" Je suis sorti et j’ai commencé à courir vers la place de la République. J’ai été visé, une fois, deux fois, trois fois… Des balles ont ricoché sur le sol, et j’ai été atteint, elles sont rentrées dans ma peau. J’ai continué à détaler, je suis allé le plus loin possible… Les premiers cafés ne voulaient pas m’ouvrir la porte, ils pensaient peut-être à un règlement de compte, entre dealers ». Christian a finalement trouvé refuge dans un café voisin. « Je voudrais remercier le propriétaire, c’est lui qui a appelé la police pour moi, il m’a servi du whisky en attendant les pompiers ».

Christian, attablé à la Bonne bière vendredi 13 novembre au soir, a échappé de peu à la mort. - V. Point / 20 Minutes

La nuit a été longue et éprouvante pour Emmanuelle, la compagne de Christian. Sans nouvelles de lui, elle l’a cherchée dans le XIe arrondissement, en vain, puis dans différents établissements de soin, avant de le retrouver à l’hôpital Tenon, où il a été admis pour une blessure, heureusement légère, au bras gauche. La femme qui l'accompagnait, une mère de deux enfants, a été blessée par plusieurs balles, au bras également. Elle est encore à l’hôpital.

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«Pour moi, ça a duré une éternité»

Encore choqué, Christian tente de se rappeler de la durée de l’attaque et du nombre d’assaillants. « Pour moi ça a duré une éternité, j’étais plus dans la réalité, c’était un cauchemar ». Il se souvient d’un tireur, qu’il a vu de dos, en train de tirer à la kalachnikov. Il portait « une veste en cuir ». Il a eu le temps de recharger son arme.

Pourquoi avoir décidé de revenir à peine 48 heures après sur les lieux du massacre ? « Sur iTélé, j’ai vu une vidéo tournée devant La Bonne Bière. J’ai vu les corps, et par terre, ma pochette, juste à côté des morts. C’était moi… », souffle-t-il, sidéré.