Attentats à Paris: Molenbeek, vivier de djihadistes en Belgique

TERRORISME La commune de Molenbeek, où ont été interpellés des suspects liés aux attaques de Paris, a déjà été citée dans de nombreuses affaires de terrorisme…

Thomas Weill

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Le 14 novembre dernier, les policiers belges ont participé à la traque des suspects à Molenbeek.
Le 14 novembre dernier, les policiers belges ont participé à la traque des suspects à Molenbeek. — Didier Bauweraerts/Isopix/Sipa

Après les attentats tragiques de la nuit de vendredi, les forces de l’ordre ont mené l’enquête jusqu’en Belgique, où cinq hommes ont été arrêtés. Les interpellations ont eu lieu à proximité de Bruxelles, dans la commune de Molenbeek, plaque tournante du terrorisme.

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A Molenbeek-Saint-Jean en région Bruxelloise, on peut visiter une fonderie, un château, une église, se balader dans un parc… Ou se faire recruter par des islamistes radicaux. Depuis des années, la commune de plus de 90.000 habitants traîne en effet une mauvaise réputation en raison de ses liens de plus en plus nombreux avec des affaires de terrorisme.

« Le plus proche de la France »

Le Français Mehdi Nemmouche, qui a attaqué un musée juif à Bruxelles en mai 2014 serait passé par Molenbeek. Amedy Coulibaly, tueur de l’Hyper Cacher en janvier se serait armé là-bas. Ayoub el Khazzani, le tireur désarmé dans le Thalys cet été y aurait séjourné. D’après Mathieu Guidère, spécialiste du monde arabe, « en Belgique on retrouve 19 foyers de radicalisation, et Molenbeek fait partie de ces foyers-là. Ce n’est pas le plus radical, mais le plus proche de la France », précise le chercheur, qui compare Molenbeek à la ville de Lunel dans l’Hérault, réputée pour être un nid de djihadistes.

Pourquoi cette banlieue de l’agglomération bruxelloise fournit-elle un terreau particulièrement fertile à la radicalisation djihadiste ? « On y retrouve le cocktail explosif habituel : une forte immigration, une forte exclusion, beaucoup de chômage, très peu d’intégration et l’infiltration de religieux radicaux, liste le professeur d’islamologie à l’université de Toulouse-II. Historiquement, Molenbeek c’est là où les filières françaises ont leurs contacts. Les premiers djihadistes partis de la France pour l’Irak avaient des relations là-bas, ceux qui sont venus après ont continué », précise-t-il.

Lutter contre le radicalisme

Il faut dire, d’après le chercheur, « en Europe, la France est le premier pourvoyeur en nombre de djihadistes et la Belgique le deuxième. Mais en proportion de la population totale, ils passent devant nous. » Molenbeek est d’autant plus concerné que d’après nos confrères belges de RTBF, le 23 octobre dernier, le gouvernement fédéral avait décidé de répartir un million d’euros pour lutter contre le radicalisme dans dix communes Outre-Quiévrain, dont 150.000 € pour Molenbeek.

 

La bourgmestre de Molenbeek, Françoise Schepmans, est consciente de cette dimension de la ville qui l’a élue en 2012. « Depuis deux ans, nous avons mis en place une cellule contre le radicalisme et nous avons effectué un travail de prévention […]. Je n’ai pas l’impression que la situation s’est aggravée ces derniers mois. Au contraire, cela s’est stabilisé », a-t-elle confié aux journalistes de La capitale, tout en appelant les médias français à la mesure en rappelant que de nombreux terroristes passés par Molenbeek étaient français.