Attentats à Paris: «Il est nécessaire de parler des attaques aux enfants»

INTERVIEW Pédo-psychothérapeute et psychanalyste, Christine Nester livre ses conseils sur la manière de parler des attentats à Paris aux enfants…

Propos recueillis par Constance Daulon

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Arrivée des policiers rue de Charonne dans le 11ème arrondissement de Paris.
Arrivée des policiers rue de Charonne dans le 11ème arrondissement de Paris. — Peter Dejong/AP/SIPA

Vendredi soir, six attaques quasi simultanées ont été menées dans la capitale. Trois explosions ont retenti autour du Stade de France et plusieurs attaques au fusil d’assaut se sont déroulées dans les Xe et XIe arrondissements de Paris.

Si on ne sait pas encore si une minute de silence sera observée dans les établissements scolaires en hommage aux victimes, le sujet doit déjà être abordé avec les plus jeunes. Christine Nester, pédo-psychothérapeute et psychanalyste à Paris, rappelle l’importance de leur en parler et donne des pistes pour les préparer au retour à l’école lundi.

A partir de quel âge doit-on raconter aux enfants les attentats de vendredi ?

Il est nécessaire d’en parler dès qu’ils vont à l’école. Suite aux attentats de Charlie Hebdo, on a constaté que de nombreux enfants étaient angoissés et anxieux car beaucoup l’ont appris à l’école lors de la minute de silence. Il faut vraiment échanger avec eux avant qu’ils y retournent. Il vaut mieux les prévenir dès maintenant qu’ils l’apprennent d’une mauvaise manière lundi. Ce sont des éponges à émotion, ils ressentent déjà ce qu’il s’est passé.

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Comment revenir sur cet événement avec des adolescents ?

Il faut leur en parler comme à des adultes et surtout voir si ça réveille d’anciennes blessures ou un mal-être déjà ambiant. Il est très important de faire attention à leur réaction, car ils traversent une période difficile. S’il y a le moindre doute ou symptômes, je préconise de l’emmener consulter.

Quel discours adopter face au fait que les attaques ont eu lieu dans des lieux publics comme un stade, des bars et une salle de concert ?

Le message passé est que ça peut arriver à n’importe qui, à « monsieur tout le monde ». Il faut leur dire que c’est un événement rare, qui n’arrive pas tous les jours. Le but est de ne pas les inquiéter, paniquer et dramatiser. Si vous dites à votre enfant de ne pas prendre le bus à partir de maintenant alors qu’il le prenait avant, ça va l’effrayer. Il ne faut surtout pas changer ses habitudes, mais le rassurer.

Justement, quels sont les mots à utiliser de préférence ?

Vous pouvez leur faire comprendre qu’en tant que parents, vous les protégez, tout comme la police, qu’il ne leur arrivera rien et que ce type de drame ne peut pas se prévoir à l’avance. Ce sont des faits isolés. Il peut être aussi utile de préciser qu’ils sont liés à des conflits qui ont lieu à l’extérieur de la France et que des mesures ont été prises par l’Etat.

Faut-il leur expliquer ce qu’est un jour de deuil national ?

La minute de silence pour Charlie n’avait pas été expliquée, or, c’est important. Je ne sais pas ce que les écoles vont décider, mais je pense qu’ils vont en parler en classe. Il faut l’expliquer simplement, sans faire de secrets ou de cachotteries. Mettre des mots sur l’angoisse.

Il y a les mots et les images. Comment les protéger de celles qui peuvent les choquer ?

Elles sont bouleversantes, c’est aussi une des raisons pour lesquelles il faut leur en parler avant. Les images circulent vite et vont sûrement échapper aux parents. Dès qu’ils sont au collège, la communication entre s’intensifie d’où la nécessité de les prévenir en amont.