Attentats à Paris: Les jours de deuil national, un dispositif exceptionnel

Attentats à Paris Onze mois après les attentats de janvier, c'est la seconde fois que François Hollande déclare un deuil national...

Thomas Weill

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Le 8 janvier 2015, jour de deuil national, les drapeaux étaient en berne devant l'Assemblée Nationale.
Le 8 janvier 2015, jour de deuil national, les drapeaux étaient en berne devant l'Assemblée Nationale. — Chamussy/Sipa

« Les familles sont dans le chagrin et la détresse. Le pays est dans la peine », a déclaré ce matin le Président de la République François Hollande, suite aux sept attaques terroristes ayant provoqué 128 morts ce vendredi 13 novembre au soir à Paris. François Hollande a ensuite annoncé qu’il avait « pris un décret pour proclamer le deuil national pour trois jours ». Mais le deuil national, qu’est-ce que c’est ?

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Il s’agit de la sixième fois de l’histoire de la Ve République que le deuil national est déclaré en France. Concrètement, une journée de deuil national consiste à mettre les drapeaux en berne sur les bâtiments publics de l’Etat. En d’autres termes, ils ne sont hissés qu’à mi-mât. Ceci peut s’adjoindre à la fermeture des bâtiments administratifs.

Un symbole

« Ça n’existe pas d’un point de vue constitutionnel », déclare Michel Lascombe, professeur de droit constitutionnel à l’Institut d’études politiques (IEP) de Lille. « De la même façon, quand vous avez un deuil dans une commune, le maire décide de mettre les drapeaux en berne. Mais cela tient à la tradition, ce n’est pas véritablement un pouvoir », poursuit-il. Tout comme Marianne représente la République dans toutes les mairies sans pour autant figurer dans la constitution, la journée de deuil national reste avant tout « un symbole ».

Ce symbole n’est pas toujours utilisé dans les mêmes circonstances. Le deuil national le plus récent avait été décrété le 8 janvier de cette année, suite à l’attentat contre les dessinateurs de Charlie Hebdo. Qu’un président de la République décrète une journée de deuil national plusieurs fois au cours d’un même mandat est « une première » d’après Jean Garrigues, professeur d’histoire contemporaine à l’université d’Orléans ainsi qu’à Sciences-Po.

Deuils présidentiels

« C’est aussi la première fois que trois jours de deuil sont décrétés. Cela n’avait jamais eu lieu », commente-t-il. Seule une journée avait été décrétée le 12 novembre 1970, trois jours après la mort du Général de Gaulle, de même pour le 6 avril 1974, quatre jours après la mort de Georges Pompidou.

« Pour les obsèques de François Mitterrand, le jour de deuil avait été décrété le 11 janvier 1996, trois jours après son décès, raconte Jean Garrigues. Cette fois-ci, les établissements publics étaient restés ouverts. » De même pour le 14 septembre 2001 à la suite des attentats du World Trade Center. « En 2001, le deuil avait été déclaré dans toute l’Europe », précise l’historien.

Pour Jean Garrigues, il est difficile de dater l’apparition de ce symbole. Il rapproche néanmoins les événements de vendredi à des inondations ayant eu lieu en mars 1930. « Une journée de deuil national avait été décrétée le 9 mars 1930, et c’est d’elle que se rapproche le plus ce que nous vivons aujourd’hui, de part l’anonymat des victimes », explique l’historien. Une victime n’a pas besoin d’avoir un nom pour que la France la pleure.