Attentats à Paris: «Il faut s'attendre à d'autres attaques»

INTERVIEW Jean-François Daguzan, directeur adjoint de la Fondation pour la recherche stratégique et spécialiste des questions de sécurité, revient sur le mode opératoire employé lors des attentats qui ont frappé Paris vendredi soir...

Propos recueillis par Anissa Boumediene

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Des personnes blessées lors de l'attaque terroritse au Bataclan le 13 novembre 2015 à Paris
Des personnes blessées lors de l'attaque terroritse au Bataclan le 13 novembre 2015 à Paris — DOMINIQUE FAGET AFP

Paris touché au cœur. Vendredi soir, une série d’attentats sans précédent a frappé la capitale. Au total, six attaques quasi simultanées ont été menées. Au moins trois explosions ont retenti aux alentours du Stade de France et plusieurs attaques au fusil d’assaut se sont déroulées dans les Xe et XIe arrondissements de Paris, où les assaillants ont « balayé avec des mitraillettes plusieurs terrasses de café », avant une prise d’otages meurtrière au Bataclan, où au moins 129 personnes ont été tuées et plus de 352 blessées, dont 99 se trouvent « en urgence absolue ». Huit assaillants sont morts, dont sept en se faisant exploser, un mode opératoire inédit en France. Alors que Daesh vient de revendiquer ces attentatsJean-François Daguzan, directeur adjoint de la Fondation pour la recherche stratégique et spécialiste des questions de sécurité, revient sur ces attaques.

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Ces attentats sont les plus meurtriers de l’histoire en France. Que révèle le mode opératoire employé par les terroristes ?

Des attaques simultanées représentent le scénario catastrophe que redoutait l’Etat français depuis plusieurs années. Nous en avions déjà eu une démonstration lors des attaques du mois de janvier contre Charlie Hebdo et l’Hyper Cacher de la porte de Vincennes. Cette fois-ci, on ne peut que constater que le procédé a pris une ampleur sans précédent.

Par ailleurs, ce qui inquiète et qui est nouveau, c’est la nature même de ces attaques : des attentats suicides. C’est du jamais vu sur le sol français.

L’identité des assaillants n’est pas encore connue, mais les témoins ont décrit des hommes jeunes, voire très jeunes, adolescents. Quel peut être leur profil ?

On nous a beaucoup parlé ces derniers mois de la notion de « loups solitaires ». Cela n’existe pas : même les attentats individuels ne sont jamais le fait d’une seule personne, ils sont toujours à relier avec des éléments extérieurs. La France a le plus grand nombre de candidats au djihad qui quittent le sol français pour la Syrie ou l’Irak : déjà 1.800 personnes.

Le profil type des assaillants est celui de jeunes désœuvrés, paumés, qui, aussi inconcevable que cela puisse paraître, trouvent dans le djihad et la mort une forme d’aventure. Et c’est chez les plus jeunes qu’il y a le terreau le plus favorable. Ils sont endoctrinés ici, en France, par des idéologues locaux ou des djihadistes revenus de Syrie. De là, ils reçoivent une formation idéologique et tactique qui leur permet de passer à l’action.

L’Etat est-il en capacité de surveiller tous ceux qui représentent une menace potentielle sur le sol français ?

La plus grande difficulté pour l’Etat et les services de renseignement et de lutte antiterroriste, c’est le nombre d’individus qui représentent une menace. Pendant près de vingt ans, la France a globalement été épargnée par le terrorisme, parce que la réponse était adaptée à la menace : quelques dizaines de terroristes potentiels, auxquels pouvaient faire face les services français.

La principale manière de prévenir ces attaques, c’est le renseignement. Or, aujourd’hui, il y a trop de djihadistes potentiels pour que la lutte antiterroriste soit la plus efficace possible.

Faut-il alors craindre de nouvelles attaques similaires ?

Je pense malheureusement qu’il faut s’attendre à d’autres attaques. Daesh a promis de perpétrer des attaques terroristes contre les pays de la coalition internationale combattant contre l’organisation en Irak et en Syrie. Et dans une vidéo postée le 22 juillet dernier par l’organisation de l’Etat islamique, un porte-parole menaçait de « massacrer des Français dans les rues de Paris ».

L’Etat français prenait d’ailleurs très au sérieux ces menaces. Les attaques de ce vendredi ne sont finalement pas une surprise. Mais ce qui frappe le plus, c’est leur ampleur sans précédent.