Attentats à Paris: «C'était la panique, les gens couraient de partout»

REPORTAGE Les tireurs qui ont frappé Paris vendredi ont tué de nombreuses personnes dans des bars et restaurants du 10e arrondissement...

Nicolas Beunaiche et Laure Beaudonnet

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Les vitres du Carillon criblées de balles, le 14 novembre 2015, après la fusillade qui a provoqué la mort d'une dizaine de personnes la veille, dans ce bar de Paris.
Les vitres du Carillon criblées de balles, le 14 novembre 2015, après la fusillade qui a provoqué la mort d'une dizaine de personnes la veille, dans ce bar de Paris. — N. BEUNAICHE / 20 MINUTES

Dans le 10e arrondissement, ce samedi matin, le choc a succédé à la panique après le massacre de la veille. Sur les trottoirs des bars et restaurants ciblés par les tirs vendredi soir, de la sciure de bois a été déposée au sol pour recouvrir tant bien que mal le sang qui a coulé sur le trottoir. Pas assez. Outre le rouge qui colore le bitume, tout témoigne des terribles fusillades qui se sont déroulées au Petit Cambodge, au Carillon et à La Bonne Bière.

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Devant ce dernier, situé au croisement de la rue du Faubourg-du-Temple et de la rue de la Fontaine au Roi, les policiers ont bouclé la zone. Mais les habitants du quartier sont autorisés à franchir le cordon de sécurité, et ils ne peuvent pas ne pas voir ce qui semble être deux corps, recouverts d’une bâche, sur le trottoir. Ni cette voiture aux vitres brisées, en plein milieu de la rue, au niveau du feu de signalisation qui continue de clignoter. Au total, cinq personnes ont été tuées à cet endroit.

Achour, serveur aux Petits Tonneaux, un bar situé rue du Faubourg-du-Temple, est arrivé sur son lieu de travail à 21h45 vendredi soir, après les coups de feu. « Quand je suis arrivé, c’était la panique, les gens couraient de partout. On s’est réfugiés à l’intérieur, on a éteint les lumières. Les gens qui étaient là avaient peur de partir, de rejoindre leurs proches et leurs parents. On leur a dit d’attendre, on regardait la télévision. Les gens couraient à droite, à gauche, dans le métro. Les gens pleuraient. »

Pauline, elle, n’a pas pu sortir de chez elle, rue du Faubourg-du-Temple, vendredi soir. « Le quartier était confiné au moment des faits, on n’avait pas le droit de sortir. » Ce samedi matin, elle veut se souvenir : « J’ai acheté trois bougies. » Un réflexe pour plusieurs Parisiens, qui sont venus place de la République dans la matinée. Quentin a fait de même, dès vendredi soir. « On a passé la nuit tous seuls. On était en terrasse à Ménilmontant quand on a appris les faits. On est rentrés, on a fui chez une copine pas loin. On a répondu à la peur par la peur. Après, on s’est tranquillisés, on est venus à République, on pensait trouver des gens. On n’avait pas de bougies, on s’est dit qu’on trouverait forcément des gens avec des bougies et il n’y avait personne. Du coup, on en a acheté dans une épicerie. J’en ai acheté 50. Il faut allumer des lumières. »

Impacts de balle et douilles au sol

Plus haut, rue Bichat, les corps ont été emmenés, et la zone a été rouverte au public. Les badauds se mêlent aux journalistes et aux habitants de la rue et ses alentours, pour constater le chaos devant le Carillon et le Petit Cambodge, deux bars-restos très fréquentés par les jeunes Parisiens et les étrangers. « Le week-end, il y a au moins 200, 300 personnes ici », explique Novica, un septuagénaire qui habite une rue voisine. Vendredi soir, il n’a rien vu, simplement entendu des tirs. Mais il se dit tout de même très choqué : « Je viens souvent boire mon café au Carillon… »

Sur les vitres de ce bar, plusieurs impacts de balle rappellent le carnage, au moins 15 morts. Alors que nous nous trouvons sur place, quatre douilles au moins sont d’ailleurs retrouvées sur le capot d’une voiture et près d’une roue. Sur le trottoir qui fait face au Petit Cambodge, rue Alibert, un Vélib abandonné se trouve au sol. Et déjà, une rose a été déposée à l’entrée du bar, pour rendre hommage aux victimes.

« Maintenant, on a peur »

Mohand travaillait derrière le comptoir du Carillon vendredi soir, quand les tireurs ont fait feu. « On a entendu comme des pétards, puis on a compris qu’il s’agissait de rafales, raconte-t-il. On est alors montés à l’étage pour se cacher. Mon cousin, médecin, est redescendu dix minutes après, pour apporter son aide aux victimes, puis moi aussi… » Depuis, il n’a pas dormi.

Viana, qui habite la porte à côté depuis 18 ans, est quant à lui arrivé vingt secondes environ après le départ des tireurs. « Là, c’était horrible », dit-il en désignant la terrasse du Carillon, où une dizaine de personnes ont été abattues. Les secours sont arrivés bien plus tard. « Peut-être trop tard d’ailleurs », ajoute-t-il.

D’autres n’ont rien vu vendredi soir, mais ils sont venus constater de leurs propres yeux ce qu’ils ont lu ou entendu. C’est le cas de Sylla et Aïcha. Vendredi soir, ils travaillaient tout près du lieu du drame. Venus voir de plus près ce qu’il se passait, ils ont été bloqués par la police. Alors ils sont revenus ce samedi matin. « Ma fille a mangé juste avant dans le restaurant d’à côté, raconte Aïcha, en pleurs. Maintenant, on a peur. »