Attentats à Paris: A l’hôpital Lariboisière, sirènes, brancards et terrible inquiétude

REPORTAGE L'hôpital Lariboisière est situé dans le 10e arrondissement de Paris, non loin de là où des attaques terroristes ont eu lieu vendredi soir...

Céline Boff et Florence Floux

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Une victime des attaques de Paris évacuée par des pompiers, le 13 novembre 2015
Une victime des attaques de Paris évacuée par des pompiers, le 13 novembre 2015 — DOMINIQUE FAGET AFP

A première vue, on pourrait croire que c’est un vendredi soir comme un autre à l’hôpital Lariboisière (Paris 10e arrondissement). Il est 1h15 dans la nuit de vendredi à samedi, et après avoir reçu plusieurs blessés des terribles attaques plus tôt dans la soirée, le rythme est un peu retombé. Mais tout le monde est encore sous le choc, les patients et leurs proches dans la salle d’attente comme le personnel.

« On a vu passer plusieurs blessés, dont un homme touché à la tête, une femme aussi avec une balle dans le dos ». Le choc a été rude pour cette mère de famille dont le fils s’est cassé le bras. « Quand je pense qu’on a failli faire des courses du côté du Bataclan s’il ne s’était pas fait mal aux bras ». « Vive les fractures… », essaye d’en sourire son fils.

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Dans le hall d’accueil, une jeune femme enchaîne les coups de fils. Elle répète à chaque fois la même histoire : Le texto qu’elle a reçu de son petit ami lui disant qu’il était pris en charge à l’hôpital Lariboisière. Il était au Bataclan et a reçu deux balles, une dans le cou, une autre dans la mâchoire.

Elle a foncé à l’hôpital, elle a pu le voir 30 secondes mais il ne pouvait pas parler. Ses yeux étaient dans le vide, il n’arrivait plus à respirer. Les médecins ont dû l’intuber. Elle raconte qu’il avait plein de sang partout. Elle a pu récupérer sa sacoche, maculée de sang, comme son portable. Elle va attendre des nouvelles du bloc opératoire toute la nuit.

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A l’entrée, un SDF arrive, visiblement éméché. Les gardes sont à cran. « Je viens voir le docteur », dit-il calmement. « OK, allez-y », lui répondent-ils, les yeux rivés sur leur smartphone. « Une centaine de morts de Bataclan », s’exclame l’un d’eux. « Ils ont rappelé tous les médecins, tous », dit l’un de ses collègues. Une femme sort de l’hôpital avec son mari. « Les gens sont fous, c’est une horreur », lâche-t-elle à leur attention. Dans la cour, un camion de pompiers arrive. La victime, un homme visiblement, est transférée sur un brancard. Les médecins le transportent en moins de trente secondes.

C.Boff/20 Minutes

Suit un véhicule de la Croix-Rouge. Les médecins se précipitent avec un brancard. « Crise d’angoisse », hurlent les secouristes. « Ils sont sérieux, ils viennent pour ça ? », peste une médecin. Quelques instants plus tard, trois touristes allemands sortent. Ils étaient à République, où ils ont été pris dans le mouvement de panique lors des détonations ont retenti. L’un des trois a été blessé à l’oreille, sans gravité. Hagards, ils n’ont toujours pas compris ce qui s’est passé.

Retour dans le hall. Un jeune homme, bandage sur la tête, cherche vigoureusement à se faire soigner. « On est occupé là monsieur », lui répond un employé. « Ici, on accueille beaucoup de SDF et de migrants », explique une médecin, inquiète. L’un de ses amis était censé être au Bataclan ce soir. Elle est toujours sans nouvelle.