Le prêtre polonais qui a fait son coming-out juge que l'Eglise «tue psychologiquement» les homosexuels

20 Minutes avec AFP
— 
Krzysztof Charamsa avec son compagnon, à Rome, en Italie, le 3 octobre 2015.
Krzysztof Charamsa avec son compagnon, à Rome, en Italie, le 3 octobre 2015. — Alessandra Tarantino/AP/SIPA

Krzysztof Charamsa est décidé à secouer le Vatican et le fait savoir. Le prêtre polonais qui a scandalisé l’Eglise avec un coming out très médiatisé, va remettre un manifeste de libération gay comprenant « dix commandements », l’exhortant à renoncer à la « persécution » des homosexuels. Dans une interview qu'il a accordé à l'Agence France Presse, le religieux revient sur son parcours et détaille ses revendications. 

Une « position rétrograde »

« Ce n’est pas comme le (groupe) Etat islamique qui poursuit les homosexuels en les tuant. L’Eglise catholique ne tue pas les gens, mais elle les tue psychologiquement », affirme-t-il. « Elle les tue avec sa position rétrograde, avec son rejet, son mépris, et ses prêches permanents contre les homosexuels », ajoute le prêtre, suspendu par l’évêché polonais le mois dernier.

Dans un hôtel au coeur du quartier gothique de Barcelone, où il s’est installé avec son compagnon, Krzysztof Charamsa, veste de costume noir et chemise bleue, révèle les détails de son « Nouveau manifeste de libération gay », qu’il a transmis en exclusivité à l’AFP. Lorsqu’il avait annoncé son homosexualité et sa vie en couple, le 3 octobre, ce haut fonctionnaire du Vatican, âgé de 43 ans, avait été démis de ses fonctions.

Un manifeste pour faire évoluer l’Eglise

Son manifeste est « un appel à l’Eglise catholique ». Il y réclame que le Vatican annule les documents de l’Eglise hostiles aux homosexuels, révise son interprétation des textes bibliques à ce propos et autorise les homosexuels à devenir prêtres. Il propose en outre d’ouvrir un dialogue avec les évangéliques et les anglicans, plus ouverts sur les droits homosexuels selon lui, et exige des excuses du Vatican « pour ses omissions et ses silences, ses persécutions et ses crimes contre les homosexuels au cours des siècles ».

Actuellement, la doctrine catholique considère l’activité homosexuelle comme « désordonnée », « immorale » et « contraire à la Sagesse créatrice de Dieu ». Elle leur exige la « chasteté ». « Ces textes doivent être jugés comme idéologiques. C’est comme dire que la Terre est plate et immobile. Ils sont plus proches des positions du fondamentalisme islamique que de la raison », ajoute Krzysztof Charamsa.

A lire aussi>> Victime d'une agression homophobe, son sourire fait chavirer des milliers de personnes sur Facebook

L’Eglise « complice de la terreur anti-homosexuelle »

La position de l’Eglise se fonde, selon lui, sur de courts passages de la Bible, restant flous, car, selon lui, la Bible ne condamne pas explicitement l’homosexualité. Ces passages doivent être compris « dans le contexte historique et culturel de leur écriture ». « Il y a plusieurs siècles, on utilisait la Bible pour défendre l’esclavage », rappelle-t-il.

Dans son manifeste, il demande à l’Eglise de ne pas critiquer le mariage entre homosexuels, alors que, par ailleurs, elle s’abstient de condamner la criminalisation de l’homosexualité dans certains pays. L’Eglise est en réalité « contente face à ces cas de persécution et de pénalisation, parce que la pénalisation de l’homosexualité est une confirmation légale de son enseignement sur l’homosexualité », affirme-t-il.

« Tant qu’elle ne rejette pas, ne condamne pas ouvertement cette pénalisation, elle est complice de la terreur anti-homosexuelle ». Un mois s’est écoulé depuis son coming out fracassant, lors d’une conférence de presse à Rome la veille d’un synode du Vatican sur la famille. Aujourd’hui, il vit dans le quartier gay de Barcelone et ne regrette pas sa décision.

« Libéré » et « en paix »

« Libéré » et « en paix », il se sent « mieux gay et plus prêtre qu’avant », dit-il en souriant. Depuis sa suspension par l’Eglise, il est au chômage. « A 43 ans, ce n’est pas facile de trouver quelque chose », dit-il. Ancien professeur de théologie à Rome, il compte reprendre l’enseignement à l’université et écrire un livre sur son expérience d’homosexuel au Vatican.

Il considère son cas comme un exemple de « l’élimination et la persécution des gays dans l’Eglise ». Il souhaite l’annulation de l’instruction de 2005 du pape Benoît XVI, selon laquelle les curés homosexuels ne doivent pas rendre publique leur orientation sexuelle.

« Face à cette instruction, tous les curés homosexuels ont l’obligation morale de sortir du placard pour montrer au Vatican que nous existons et que nous sommes de bons curés », assure-t-il. Si elle les expulsait tous, « il est possible que l’Eglise se retrouve très seule ».