Agressions sexuelles dans le métro: La «brigade anti-pervers» est sur les rails

ENQUÊTE Depuis juin, les policiers ont arrêté une vingtaine d’individus pour des faits d’agression sexuelle en Ile-de-France…

William Molinié

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Cet homme, capté par les caméras de vidéosurveillance de la RATP en 2013, est soupçonné d'être un «frotteur» dans le métro.
Cet homme, capté par les caméras de vidéosurveillance de la RATP en 2013, est soupçonné d'être un «frotteur» dans le métro. — 20 Minutes

Bientôt la fin du sentiment d’impunité pour les frotteurs du métro ? Entre le 1er juin et le 31 octobre, la nouvelle cellule spécialisée de la police des transports d’Ile-de-France a interpellé une vingtaine d’individus pour des faits d’agressions sexuelles dans le métro et le RER. Selon les informations recueillies par 20 Minutes, cette brigade créée au sein de la sûreté régionale des transports a présenté, en cinq mois, 17 agresseurs à la justice. Sept d’entre eux ont été condamnés à la prison ferme ou à du sursis ainsi qu’à une inscription au fichier judiciaire automatisé des auteurs d’infractions sexuelles ou violentes (FIJAIS).

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Des chiffres modestes au regard de cette statistique alarmante : 100 % des femmes usagers ont « déjà été importunées, suivies ou agressées dans le bus, le tram, le métro ou le RER », selon un rapport du Haut conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes. Résultats maigres, certes, mais présentés comme prometteurs. « Le taux de défèrement sur cette période est de 85 %. Notre taux d’élucidation [rapport entre le nombre de faits élucidés dans l’année et celui des faits constatés], de 60 %, est supérieur à celui de la moyenne nationale », appuie auprès de 20 Minutes la commissaire Amandine Matricon-Charlot, chef de la sûreté régionale des transports.

Les frotteurs privilégient les foules 

Depuis le 1er juin, huit enquêteurs travaillent exclusivement sur la problématique des infractions sexuelles dans les transports en commun. De l’individu qui profite de la promiscuité des heures de pointe pour se frotter à sa victime, jusqu’au viol dans une rame de métro vide, en passant par l’exhibitionnisme ou la masturbation à peine cachée… Toutes les plaintes relevant de ce type de faits sont décortiquées, recoupées, archivées et analysées par cette brigade « anti-pervers ».

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« Ces individus n’ont pas de profil type, mais quelques caractéristiques. Les frotteurs, par exemple, privilégient les espaces où il y a du monde. Généralement, le simple fait de crier ou de dire “Venez m’aider” les fait fuir », poursuit la commissaire. Mais des individus peuvent se montrer plus violents encore, jusqu’à toucher leurs victimes sous les jupes, sous la culotte, peloter leurs seins… Comme cet homme de 32 ans écroué en septembre pour trois agressions dont une tentative de viol à la station de métro Nation.

Les enquêteurs diffusent des fiches de signalements dans les commissariats pour tenter de retrouver les auteurs d’agressions sexuelles (Document 20 Minutes) :

Les enquêteurs diffusent des fiches de signalements dans les commissariats pour tenter de retrouver les auteurs d'agressions sexuelles

Un trou dans la poche du pantalon pour se masturber

Malgré un taux d’élucidation supérieur à la moyenne, les enquêteurs de la « brigade anti-pervers » se heurtent à la difficulté de caractériser les agressions et de présenter un dossier solide au juge. La vidéosurveillance permet parfois d’apporter une preuve, quand l’agression est manifeste et que le champ de la caméra est dégagé. De l’ADN peut aussi être retrouvé. « Nous avons le cas d’un homme qui avait fait un trou dans sa poche de pantalon pour se masturber avant d’éjaculer sur sa victime », ajoute-t-on.

S’il y avait plus de plaintes déposées, les policiers auraient davantage de matière pour rechercher les auteurs de ces infractions. Les victimes ne signalent pas toujours les pervers aux enquêteurs. Soit qu’elles n’en aient pas le temps, soit qu’elles n’aient pas conscience qu’un homme qui se frotte sur elles à une heure de pointe constitue une agression sexuelle définie par l’article 222-22 du code pénal et punie de 5 ans d’emprisonnement et 75.000 euros d’amende. « La réponse n’est pas que policière. Elle doit venir aussi d’une prise de conscience collective. Comme celle des témoins d’une infraction sexuelle qu’il faut aider à réagir », conclut Amandine Matricon-Charlot.