Journée de la gentillesse: La charité bien ordonnée des Français

SONDAGE Selon un sondage Ipsos pour «Psychologies» dévoilé par «20 Minutes», leur envie d'aider diminue quand la personne à soutenir est de nationalité différente...

Delphine Bancaud

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Seulement 34% des  Français déclarent aider des inconnus qu'ils croisent dans la rue.
Seulement 34% des Français déclarent aider des inconnus qu'ils croisent dans la rue. — KENZO TRIBOUILLARD / AFP

Les Français ont le cœur sur la main, mais pas avec tout le monde. D’après un sondage réalisé par Ipsos pour Psychologies à l’occasion de la journée de la gentillesse, 72 % des Français se disent altruistes et prêts à aider les autres, que ce soit matériellement ou moralement. Une image positive d’eux-mêmes qui correspond à la réalité, selon Jacques Malet, président de Recherches et solidarités « Les Français sont prompts à se mobiliser lorsqu’une catastrophe naturelle a lieu. Et malgré la crise, ils continuent à donner aux associations et le bénévolat ne faiblit pas ».

« La proximité génère des comportements altruistes »

Mais leur générosité ne s’exerce pas avec la même vigueur selon les personnes : car si 92 % des Français déclarent aider régulièrement un proche (famille, amis), ils ne sont plus que 74 % à soutenir un collègue ou une connaissance et même 34 % à donner un coup de main à un inconnu croisé dans la rue. Et ils ne sont plus que 32 % à épauler des inconnus par le biais d’associations. « La proximité génère des comportements altruistes. Car pour 61 % des Français le moteur de la générosité, c’est le sentiment d’être utile. Et lorsque l’on aide un proche, le résultat est immédiatement mesurable, ce qui n’est pas le cas lorsqu’on soutient une association venant en aide des personnes à des milliers de kilomètres », analyse Brice Teinturier, directeur général délégué Ipsos.

La peur de l’autre

De même, 20 % des Français avouent que leur envie d’aider diminue lorsque la personne à soutenir est de nationalité étrangère et 15 % lorsqu’elle n’est pas de la même religion qu’eux. « Une méfiance à l’égard de l’inconnu dûe au défaut de cohésion sociale en France. Le réflexe de facilité est alors d’aider uniquement ceux qu’on connaît », estime Jacques Malet. Un avis partagé par Brice Teinturier : « les Français traversent une crise de confiance généralisée. Ils ont tendance à vouloir se protéger et à se replier sur eux-mêmes », souligne-t-il. A contrario, parmi les personnes qu’ils aideraient bien volontiers, figurent en premier les personnes âgées (pour 54 % des sondés) et les personnes très jeunes (32 %). « Pour beaucoup de Français, la détresse de ces personnes jugées vulnérables leur est insupportable, ce qui les pousse à leur prêter main-forte », analyse Brice Teinturier.

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Loin de culpabiliser de ne pas faire plus de choses pour les autres, 69 % des Français se justifient en disant qu’ils ne peuvent pas aider tout le monde, 25 % en déclarant qu’ils ont trop peur de prendre trop à cœur les problèmes des gens et 24 % estiment que ce n’est pas leur rôle, mais celui d’associations.

Recevoir par l’échange

Or, pour ceux qui viennent en aident à autrui, le retour sur investissement est réel. Puisque 46 % trouvent de l’intérêt à échanger avec des personnes différentes d’eux, 40 % en éprouvent un sentiment de fierté ou de force (27 %). « Les Français ne sont pas dans une logique judéo-chrétienne qui ferait apparaître l’altruisle comme un devoir. Ils aident en sachant qu’ils bénéficieront d’une sorte de réciprocité, car ils reçoivent beaucoup par l’échange », décrit Brice Teinturier.

 

*Enquête réalisée par Ipsos pour Psychologies via Internet, du 23 au 29 octobre 2015 sur un échantillon de 1.003 personnes représentatif de la population selon la méthode des quotas.