Candidats au djihad en Syrie: Le difficile travail de déradicalisation des associations françaises

TERRORISME Bernard Cazeneuve, le ministre de l’Intérieur, reçoit, ce jeudi place Beauvau, des associations qui luttent pour déradicaliser les jeunes candidats au djihad…

Vincent Vantighem

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Des combattants de Daesh en Irak, le 24 février 2015
Des combattants de Daesh en Irak, le 24 février 2015 — Uncredited/AP/SIPA

La responsable associative se plaît à raconter cette anecdote pour décrire l’ampleur de la tâche des autorités françaises. « J’avais été contactée par un djihadiste dangereux qui annonçait son retour en France. J’ai donc composé le numéro vert "Stop Djihadisme" pour prévenir. Mais, dix jours plus tard, j’ai été bien surprise qu’il m’appelle pour me dire qu’il était seul place de la Nation (Paris). Je suis allé le chercher pour l’emmener moi-même dans un commissariat. »

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Dix mois après l’attaque de Charlie Hebdo, les autorités françaises redoutent, plus que jamais, la survenue de nouveaux attentats dans l’Hexagone. Le travail prend deux formes distinctes : intercepter les combattants qui reviennent de Syrie et « déradicaliser » ceux qui, faute d’être parvenus à faire le chemin inverse, pourraient commettre des attentats en France. Avec l’idée de ne laisser passer personne entre les mailles du filet.

7.000 signalements de personnes radicalisées

Ce jeudi, Bernard Cazeneuve, le ministre de l’Intérieur, accueille, place Beauvau, plusieurs associations qui œuvrent dans ce domaine pour les féliciter et les encourager à redoubler d’efforts. Il le faut. Dans une interview à 20 Minutes, Pierre N’Gahane, secrétaire général du Comité interministériel de prévention de la délinquance (CIPD), assure que les autorités ont enregistré « 7.000 signalements de personnes soupçonnées de radicalisation » présentes sur le territoire, depuis la mise en place du numéro vert en avril 2014.

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« Le plus important est de remettre ces jeunes en perspective. Nous devons avoir quelque chose à leur proposer, détaille-t-il. Nous devons comprendre pourquoi une jeune fille de 16 ans originaire du Gers décide de partir, en l’espace de trois mois, à Raqqa en Syrie. »

Les familles entrent dans le dispositif

Pour cela, les autorités s’appuient de plus en plus sur les familles concernées par le phénomène. « Elles ont intégré le fait qu’elles avaient besoin de nous pour comprendre ce qui se passe dans la tête de nos enfants », explique Valérie, la présidente de l’association « Malgré eux » dont la fille est partie en Syrie, il y a près de deux ans.

Le ministère de l’Intérieur n’a donc pas hésité trop longtemps, en octobre, quand des parents lui ont proposé de diffuser une campagne vidéo choc pour dénoncer la propagande de Daesh. « C’est très bien pour faire de la prévention, juge Véronique, une maman qui a participé à cette campagne. Mais cela ne règle pas tout… »


Campagne Stop Djihadisme : Véronique par FranceInfo

Pas une seule approche

Car ce n’est pas un petit film de quelques minutes qui peut remettre dans le bon sens le cerveau d’un jeune radicalisé. Thérapie psychologique voire psychiatrique, éducateurs ou mentors chargés de les suivre, les associations disséminées dans toutes les préfectures cherchent encore le modèle idéal pour aider ces jeunes.

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« Il n’existe pas une seule approche car ce qui marche avec un jeune ne marchera peut-être pas avec un autre, analyse Pierre N’Gahane. Nous avons quelques problèmes d’ajustements. Mais nous progressons. »