Harcèlement scolaire: «Je n'ai pas pu déceler ce que subissait mon enfant»

VOUS TEMOIGNEZ A l’occasion de la Journée nationale de lutte contre le harcèlement scolaire, des mamans racontent la difficulté de comprendre ce qui se passe quand leur enfant ne parle pas…

Charlotte Murat

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Illustration du harcèlement à l'école.
Illustration du harcèlement à l'école. — DURAND FLORENCE/SIPA

Il y a bien eu quelques bleus, mais les garçons chahutent. Il y a bien eu une agressivité soudaine à la maison, mais à 13 ans c’est normal de faire sa crise d’ado. Il y a bien eu quelques questions posées, mais pourquoi s’inquiéter quand on se voit répondre « Tout va bien, Maman ! ».

Et puis un jour la vérité éclate, brutale, soudaine. Ce ne sont pas des chamailleries sans conséquence, ce n’est pas une crise d’ado. C’est la manifestation d’un harcèlement scolaire, qui dure parfois depuis des mois, et qu’on n’a pas su déceler. Nathalie s’est rendu compte que son fils Martin*, 10 ans, était la victime d’enfants de son école le jour où il est rentré avec des marques de strangulation sur le cou. « Je suis tombée des nues. Avant cela, il me prévenait à chaque fois qu’il se faisait embêter. Il a fini par me dire qu’il a eu peur que je m’embrouille avec les autres parents et d’être mal vu à l’école. »

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« Il a enduré des violences physiques et morales pendant des mois sans rien dire »

Luc* aussi a eu peur que la situation ne s’envenime s’il parlait à sa mère. Solange a découvert la souffrance de son fils de 16 ans en tombant par hasard sur des lettres. « Il disait qu’il n’en pouvait plus, qu’il ne tiendrait pas plus longtemps. Mon fils souffre de handicap et va régulièrement à l’hôpital. Même là ils ne se sont rendus compte de rien. Il a enduré des violences physiques et morales pendant des mois sans rien dire, sans rien montrer. »

Fabienne, elle, n’a jamais pu faire expliquer à sa fille de 13 ans la raison de sa soudaine agressivité et s’est même vue reprocher de le fait de ne pas avoir compris. « Adèle* a vomi un matin avant d’aller au collège. Elle a eu très peur et m’a fait comprendre qu’elle avait quelque chose à me dire. Mais les mots ne sortaient pas. Même notre médecin de famille n’a pas réussi à la faire parler. C’est une psy qui a réussi et c’est à elle qu’Adèle a raconté le harcèlement moral dont elle était victime depuis des mois de la part d’une fille de sa classe. Par la suite, elle m’a dit qu’en tant que Maman j’aurais dû comprendre. »

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La culpabilité reste

Si les reproches n’ont pas duré, la culpabilité reste. « On se sent désemparée, seule au monde, quand on découvre les souffrances de son enfant. En tant que parent, c’est très dur, confie Fabienne dans un sanglot. D’autant que ma fille et moi sommes très proches. C’est sa psy qui m’a fait comprendre que si elle ne disait rien, je ne pouvais pas le deviner. »

Martin et Adèle ont changé d’établissement. Luc est débarrassé de ses agresseurs, renvoyés après un conseil de discipline. Mais pour leurs mères, impossible de se défaire de leur sentiment de culpabilité. Et toutes ont renforcé leur vigilance. « Je suis encore plus mère poule avec mes enfants », explique Nathalie, qui a été jusqu’à faire déménager toute sa famille pour éloigner définitivement son fils de ses harceleurs. « Je répète à longueur de temps à mon fils de 7 ans que s’il a le moindre problème à l’école, il faut qu’il m’en parle tout de suite », ajoute Fabienne. Solange fait la même chose avec sa fille de 13 ans. « Tout cela aurait pu très mal finir. Si le jeune ne parle pas, ça ne peut pas s’arrêter. »

*Le prénom a été modifié