Harceleurs, pervers, agressifs… Comment gérer les «tarés» au bureau

TRAVAIL Les collègues qui vous pourrissent la vie peuvent être neutralisés par la psychologie...

Nicolas Beunaiche

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SteveCarrell a.k.a. Michael Scott, dans la série télévisée «The Office».
SteveCarrell a.k.a. Michael Scott, dans la série télévisée «The Office». — RONALDGRANT/MARY EVANS/SIPA

Patrick vous poursuit jusqu’à l’ascenseur tous les soirs, des ciseaux à la main, quand vous quittez le bureau avant 18h ? Fatima est persuadée que tout le monde la déteste et vous le fait payer en dessinant des têtes de mort sur vos photocopies ? Bref, certains de vos collègues sont complètement dingues ? Marwan Mery et Laurent Combalbert ont peut-être la solution à vos problèmes. Ces deux spécialistes de la négociation publient Comment neutraliser les profils complexes*, un livre dans lequel ils donnent des clés pour gérer les personnalités toxiques. 20 Minutes en a sélectionné cinq types, pour vous aider à supporter Patrick, Fatima et les autres.

Le harceleur

Il est incapable de gérer son stress, qu’il reporte sur les autres. Il va vous mettre sous pression en vous envoyant trois mails, deux textos et un pigeon voyageur jusqu’à ce que vous vous mettiez à son service.

Pour le neutraliser, évitez surtout de le recadrer, de vous soumettre ou de fuir. Les auteurs du livre vous préconisent d’abord le calme. « Face à une attitude résolument sereine, le harceleur pourra prendre conscience de son comportement inadapté », explique Laurent Combalbert. Il convient aussi de « verbaliser » sa propre émotion. Car le harceleur n’est pas un véritable agressif : lui dire ce que vous pensez peut suffire à lui faire prendre conscience de son comportement, qui lui l’est. Enfin, il faut lui faire relativiser le problème qui l’obsède, pour « créer un électrochoc dans son mode de pensée ».

Le narcissique

Il se considère au-dessus des autres, aspire à être admiré et sait se montrer manipulateur. Tout lui est dû et il ne fait jamais de concessions. Il peut déclamer des monologues du type :

Face à lui, il ne faut surtout pas entrer en compétition, lui faire perdre la face ou tenter de le caresser dans le sens du poil. Dans les deux premiers cas, il se vengera ; dans le dernier, il ne vous en saura de toute façon pas gré. Mieux vaut être irréprochable, de manière à éviter de donner prise à ses jugements. Vous pouvez également montrer de l’intérêt à ses réussites, « sans pour autant tomber dans l’admiration béate », précise Laurent Combalbert. Si vous êtes audacieux, tentez enfin de le faire sortir de ses jugements manichéens en lui montrant qu’on peut nuancer l’analyse des situations.

Le paranoïaque

Il se méfie de tout ce qui l’entoure. Même de l’humour, qu’il ne comprend pas toujours. En revanche, il se considère lui-même comme irréprochable, honnête et loyal. C’est le type de personne qui se demandera toute la journée pourquoi vous lui avez prêté trente centimes à la machine à café à 9h33.

Pour neutraliser le parano, évitez logiquement l’humour et l’évitement, mais aussi les sujets polémiques. Votre collègue prendra un malin plaisir à batailler jusqu’à ce que vous cédiez. Pour vous en sortir, préférez les messages courts et univoques, pour lui couper l’herbe sous le pied. Utilisez les règles établies pour titiller son sens de l’honnêteté et le faire rentrer dans le rang. Enfin, montrez-vous irréprochable. « Faites ce que vous dites, dites ce que vous faites », résume Laurent Combalbert.

Le passif-agressif

Il se plaît dans une opposition pernicieuse. Négatif, frustré, il sabote dans l’ombre le système dont il profite. Il méprise l’autorité et le succès des autres, et ne rechigne pas à la manipulation. C’est Cynthia, l’assistante qui fait de la rétention d’info et ne vous met pas en copie de mails vous concernant. Le bruit qui court sur votre lenteur, ça vient d’elle.

Ce qu’il ne faut surtout pas faire, c’est l’ignorer : le passif-agressif cherchera à vous toucher encore plus fort. N’essayez pas non plus de le sermonner. Ne leur trouvez pas de circonstances atténuantes, quand bien même leur « background compliqué » vous touche. Ce n’est pas une excuse pour casser du sucre sur le dos des gens. Pour lui faire faire quelque chose, le plus efficace est de lui faire promettre en public qu’il accomplira sa tâche ; face à ce type de personnes peu à l’aise face au regard des autres, « utiliser le groupe est un bon moyen de les neutraliser » selon Laurent Combalbert. Réduisez aussi les malentendus à zéro pour lui retirer toute échappatoire. Pour l’adoucir, soignez enfin la forme. Le passif-agressif ira plus facilement dans votre sens si vous ne titillez pas sa susceptibilité.

Le pervers

Il semble séduisant, drôle et intelligent. Mais le pervers aime avant tout vous faire souffrir. Tour à tour protecteur et persécuteur, il arrive à vous faire croire que son changement d’attitude est de votre faute.

Face à lui, rien ne sert d’essayer de le changer. De toute façon, il ne se croit pas malade. Ne rentrez pas dans son jeu et ne lui faites pas le plaisir de reconnaître que vous souffrez, cela l’encouragera. A la place, dites-lui stop : le pervers se voit en expert de la manipulation et n’aime pas être démasqué. Renvoyez-le à son mode de fonctionnement en questionnant tout ce qu’il avance pour le pousser dans ses retranchements. Et si rien ne marche, dites-lui qu’il a dépassé les bornes et fuyez !

*Comment neutraliser les profils complexes, éditions Eyrolles, octobre 2015