Un panneau indique un médecin en zone rurale (illustration).
Un panneau indique un médecin en zone rurale (illustration). — GILE MICHEL/SIPA

PRECARITE

Rapport du Secours catholique: Les problèmes de mobilité amplifient la pauvreté

Delphine Bancaud

Les personnes qui vivent dans des lieux excentrés ont souvent des difficultés à accéder à l'emploi...

Un parcours du combattant pour se soigner, trouver un emploi et avoir une vie sociale. Selon le rapport annuel du Secours catholique publié ce jeudi, 6 à 8 millions de Français sont confrontés à des problèmes de mobilité au quotidien. « Les plus précaires n’ont souvent pas le permis ou ne peuvent pas s’offrir une voiture. Et lorsqu’ils habitent dans un lieu isolé, ils se retrouvent très vite hors jeu », constate Véronique Fayet, présidente du Secours catholique.

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Un constat qui avait déjà été effectué dans l’étude Mobilité, insertion et accès à l’emploi réalisée par Auxilia pour Total et de Wimoov : « la moitié des personnes pauvres n’ont pas le permis de conduire et seulement un tiers d’entre elles disposent d’un véhicule. Du coup, les ménages pauvres sont deux fois plus nombreux que la moyenne à se déplacer à pied », déclare Florence Gilbert, directrice de Wimoov. Pas étonnant quand on sait que le budget voiture est estimé à 4.300 euros par an en moyenne et que le coût du permis est de l’ordre de 1.600 euros.

Un frein à l’insertion sociale

Ce fléau affecte en premier les habitants des territoires ruraux et périurbains et ceux des zones urbaines sensibles. « Et l’étalement urbain ces dernières années amplifie encore le phénomène », constate Véronique Fayet. Les conséquences sont gravissimes pour la vie quotidienne de ces exclus de la mobilité. Selon l’étude d’Auxilia, une personne en insertion sur deux a déjà refusé un travail ou une formation pour des problèmes de mobilité, 28 % ont même abandonné un travail ou une formation en cours de route. « C’est un cercle vicieux : car les personnes les plus précaires vivent dans des zones excentrées où les loyers sont moins chers, mais beaucoup d’entre elles ne parviennent pas à décrocher d’emploi, faute de moyen de transport. Et elles n’ont pas non plus les moyens de déménager », souligne Véronique Fayet.

D’autant que ces personnes ont souvent un faible bagage scolaire et n’ont souvent accès qu’à des emplois aux horaires de travail décalés ou morcelés, qui nécessitent de disposer d’un moyen de locomotion. « Ces problèmes de mobilité sont un véritable frein à l’insertion sociale », résume Florence Gilbert. « Ceux qui parviennent malgré tout à décrocher un emploi se déplacent avec les moyens du bord : à pieds, en vélo, en covoiturage et ils s’épuisent dans ces trajets compliqués », ajoute Véronique Fayet.

La vie sociale au placard

Autre souci pour ces personnes privées de mobilité : elles n’ont pas toujours accès aux services de proximité, tels que la Poste, la banque, Pôle emploi, les cabinets médicaux, qui se situent généralement dans les villes. Exit aussi la vie sociale : « on ne parle même plus de vacances et de loisirs pour elles. Leur enfermement devient alors une double peine », souligne Véronique Fayet. Difficile aussi de tenir son budget lorsqu’il n’est pas possible de se rendre dans les centres commerciaux à la périphérie des villes, qui pratiquent des tarifs attractifs.

Pour venir en aide à ces isolés, les associations sont sur le front. « Nous leur proposons des microcrédits pour financer leur permis ou une voiture, l’accès à des garages solidaires où ils peuvent faire réparer leur véhicule à des coûts modestes, des bons essence, des taxis solidaires, des prêts de mobylettes, des actions de réapprentissage de la conduite pour les personnes qui n’ont pas roulé depuis longtemps », énumère Véronique Fayet. De son côté Wimmov a créé des plateformes de mobilité qui recensent toutes les aides dans ce domaine (auto-école solidaire, autopartage social, achat solidaire de véhicule…). Des coups de pouces qui permettent à beaucoup de personnes de sortir de la spirale infernale.