Parti faire le djihad avec sa fille: «Magalie Laurent vit ce que Mériam Rhaiem a vécu il y a un an»

INTERVIEW Maître Gabriel Versini-Bullara raconte le combat de Mériam Rhaiem pour récupérer sa fille...

Propos recueillis par Bérénice Dubuc

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Capture d'écran d'une vidéo BFMTV de la conférence donnée par Magali Laurent, la mère de Lila, 3 ans, enlevée par son père, djihadiste présumé.
Capture d'écran d'une vidéo BFMTV de la conférence donnée par Magali Laurent, la mère de Lila, 3 ans, enlevée par son père, djihadiste présumé. — BFMTV

Après la conférence de presse et la plainte pour enlèvement déposée lundi par Magalie Laurent, persuadée que son ex-mari est parti avec Lila, sa fille de 3 ans, faire le djihad en Syrie, une enquête préliminaire a été ouverte ce mardi par la section antiterroriste du parquet de Paris. Une affaire qui rappelle celle de Mériam Rhaiem, dont la fille de 18 mois, Assia, avait été emmenée en Syrie par son ex-mari, radicalisé, en octobre 2013. Son avocat, Me Gabriel Versini-Bullara, explique comment sa cliente a mené de front combats juridique, médiatique et tractations avec son ex-époux pour récupérer sa fille en septembre 2014.

La situation que vit Magalie Laurent semble similaire à celle de votre cliente en 2013…

Effectivement. Quand j’ai entendu cette mère à la radio, j’ai immédiatement pensé : elle vit ce que Mériam Rhaiem a vécu il y a un an. Les deux affaires présentent des similitudes factuelles effrayantes. Ce sont quasiment des copier-coller : un couple séparé, un père qui se radicalise, et qui profite d’un droit de visite pour emmener son enfant en Turquie, voire en Syrie.

Quelles actions aviez-vous entreprises ?

Comme mon confrère, Me Frank Berton l’a fait à Nanterre lundi, nous avions avec ma cliente déposé une plainte auprès du procureur de la République de Bourg-en-Bresse pour enlèvement de mineur. Nous avions également alerté le parquet pour obtenir un mandat d’arrêt d’Interpol, qui avait été délivré immédiatement, et saisi le juge aux affaires familiales pour obtenir l’autorité parentale exclusive, la résidence de l’enfant au domicile de la mère, et la suspension du droit de résidence et de visite du père. Ce sont des préalables indispensables pour que, une fois l’enfant localisé et récupéré par les autorités, il puisse être remis à la mère.

Vous aviez également mobilisé les médias…

Tout à fait. Nous avions longtemps hésité avant de le faire car Mériam Rhaiem espérait que son ex-mari revienne à la raison sans avoir à alerter les médias et les autorités, mais elle a passé trois mois sans nouvelles de sa fille, et nous nous sommes décidés, comme Magalie Laurent l’a fait lundi.

Avez-vous eu des contacts avec les autorités ?

Oui. J’ai écrit au président de la République, au Premier ministre, à la ministre de la Justice, au ministre de l’Intérieur, et au ministère des Affaires Etrangères, qui ont tous été très attentifs. Je dois souligner l’implication exceptionnelle dont ont fait preuve Christiane Taubira et Bernard Cazeneuve.

Mais c’est Mériam Rhaiem qui a négocié jour après jour avec son ex-mari…

Effectivement. Pendant plus d’un an, elle a réussi à tisser un lien, comme un fil d’Ariane, pour maintenir le contact avec le père. Ce contact nourri par téléphone, par Skype, avec le père de sa fille lui a permis de le persuader de franchir la frontière turco-syrienne avec Assia. Ma cliente est partie seule avec son frère en Turquie pour la récupérer. Nous en avons bien sûr informé le plus haut sommet de l’Etat, et le ministre de l’Intérieur a affrété un jet gouvernemental pour que nous puissions les ramener. Lorsqu’elle a récupéré sa fille, cela a été le moment le plus sublime que j’ai vécu de toute mon existence. J’espère que Magalie Laurent connaîtra elle aussi cette fin heureuse.

Ce type d’affaire est-il de plus en plus fréquent ?

Hélas, mon cabinet peut en témoigner, Mériam Rhaiem et Magalie Laurent ne sont pas les seules dans cette situation. Je traite plusieurs dossiers similaires. Certaines mères ont des preuves de radicalisation de leur mari et demandent des restrictions du droit de visite ou de résidence. Mais les magistrats ne peuvent rendre justice qu’avec les armes qu’on leur donne. L’Etat devrait permettre aux juges aux affaires familiales de prendre des mesures plus fermes (suspension du droit d’hébergement ou de visite) dès que des éléments de preuve de radicalisation du père ou de la mère sont apportés. Certes, aujourd’hui des interdictions de sortie de territoire sont prononcées, mais cela ne sert à rien. Dans le cas de Mériam Rhaiem, cela n’a absolument rien changé.