«SwissLeaks»: Hervé Falciani, héros contrasté des lanceurs d'alertes

JUSTICE Le procès de cet acteur majeur du scandale « SwissLeaks » s'est ouvert ce lundi, en son absence...

C.C.M
— 
Hervé Falciani, ancien employé de HSBC, le 28 octobre 2015, à Divonne-les-Bains
Hervé Falciani, ancien employé de HSBC, le 28 octobre 2015, à Divonne-les-Bains — Jean-Philippe Ksiazek AFP

Comme prévu Hervé Falciani, ex-informaticien de la banque HSBC Suisse, ne s’est pas présenté ce lundi devant le Tribunal pénal fédéral de Bellinzone, dans le canton du Tessin. Cet acteur majeur du « SwissLeaks » est accusé d’espionnage économique et de vols de données, mais donne à voir de multiples visages.

« Bien public »

Un héros chez les lanceurs d’alerte de la finance : c’est le statut qu’a gagné Hervé Falciani en dévoilant des fichiers de son ex-employeur HSBC. Des documents qui ont permis à un consortium de journalistes mené par Le Monde de dévoiler un immense système d’évasion fiscale européen et qui lui valent les faveurs des associations de lutte contre la corruption. Eric Alt, vice-président de l’association française Anticor, est élogieux : « Il est courageux. Nous pensons le plus grand bien du travail d’Hervé Falciani, quelles qu’aient pu être ses motivations, il a servi le bien public ». La Suisse, elle, l’estime responsable « soustraction de données » et « violation du secret bancaire et du secret commercial ».

Falciani, pragmatique ou désintéressé ?

S’il est poursuivi par la Suisse, Hervé Falciani reste protégé par la France et l’Espagne. Une position ambivalente, à l’image d’un personnage pas si héroïque que ça selon certains. En Suisse, la presse le présente ainsi comme un « séducteur », un homme « pragmatique », rappelant à l’envi son ancien métier de croupier, mais aussi un possible désaccord avec son ex-employeur HSBC « au sujet de son salaire ». Il aurait d’ailleurs utilisé les précieuses données informatiques pour faire monter les enchères... Lui nie farouchement.

Son seul objectif ? « Faire bouger les choses » et détruire « une organisation, une industrie ». Un mobile qui paraît d’autant plus courageux qu’il se dit haut et fort menacé pour avoir fait tomber ce système véreux – et qu’il aura tout de même effectué plusieurs mois de prison en Espagne à la demande de la justice suisse, avant de se voir accorder finalement une protection policière là-bas.

Implication politique 

Désormais, Hervé Falciani n’est plus tout à fait un électron libre : après avoir collaboré avec l’Espagne et la France (il a transmis les données HSBC au fisc français), il y aide aussi à « transmettre l’innovation » entre l’administration fiscale et l’Inria (Institut national de recherche en informatique et en automatique), où il a travaillé par le passé comme chercheur. Son combat est même devenu collectif et très politique, Hervé Falciani alternant entre « Nouvelle Donne », le mouvement souverainiste de Nicolas Dupont-Aignan, et la gauche radicale tendance Podemos en Espagne. Une position ambivalente, encore une fois.