Jean-Luc Romero: «L’affaire Bonnemaison légitime notre combat pour la légalisation de l’euthanasie»

INTERVIEW Le président de l’Association pour le droit à mourir dans la dignité évoque la journée mondiale ce lundi...

Propos recueillis par Nicolas Beunaiche

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Jean-Luc Romero lors d'un rassemblement pour le droit à mourir dans la dignité, le 12 décembre 2014, à Paris.
Jean-Luc Romero lors d'un rassemblement pour le droit à mourir dans la dignité, le 12 décembre 2014, à Paris. — STEPHANE DE SAKUTIN / AFP

Hasard douloureux du calendrier, c’est ce lundi qu’a lieu la 8e journée mondiale pour le droit à mourir dans la dignité. Une semaine après la condamnation du Dr Bonnemaison à deux ans de prison avec sursis, deux jours après sa tentative de suicide. Dans une ambiance pesante, Jean-Luc Romero, le président de l’Association pour le droit à mourir dans la dignité (ADMD), entend renouveler son appel à en finir avec la loi Leonetti. Sans oublier d’avoir une pensée pour le médecin entre la vie et la mort.

La journée mondiale tombe à un moment chargé en affaires et en émotion…

Les affaires qui se succèdent légitiment notre combat. Que ce soit Vincent Lambert, Jean Mercier ou Nicolas Bonnemaison, tous ces cas illustrent les dysfonctionnements de la loi Leonetti. Pour moi, le Dr Bonnemaison est une victime de plus de cette loi qui donne bien trop de pouvoir au médecin et reste bien trop floue. Lors de son procès, il a d’ailleurs estimé qu’il l’avait appliquée en injectant des produits potentiellement létaux à des patients pour les soulager. Aujourd’hui, nous sommes dans une impasse et nous vivons au rythme des drames.

Que proposez-vous pour sortir de cette « impasse » ?

Nous voulons sortir de cette logique qui donne le pouvoir au médecin pour laisser le patient décider de son sort. Aujourd’hui, le principe de collégialité de la décision figure dans la loi, mais à la fin, c’est bien le médecin qui décide. Concrètement, nous demandons l’accès universel aux soins palliatifs ainsi que la légalisation de l’euthanasie et du suicide assisté.

Les parlementaires repoussent pourtant toute tentative…

Les élus sont en décalage avec l’importance du débat et avec les souhaits des Français. Lors du vote du 5 octobre du texte visant à instaurer un droit à la sédation profonde et continue jusqu’au décès, à l’Assemblée nationale, seuls 61 députés sur 577 étaient présents. Le personnel politique ne comprend pas les aspirations des Français, dont tous les sondages disent qu’ils approuvent le suicide assisté. On a encore légiféré pour rien.

Qu’avez-vous prévu ce lundi pour faire bouger les choses ?

Cent manifestations sont prévues dans toute la France, dont celle de Paris, qui aura lieu place de la République de 17 à 19h. Quatre grandes associations européennes (une anglaise, une suisse, une allemande et une espagnole) nous ont rejoints et nous allons lancer un appel européen aux gouvernements pour qu’ils légifèrent enfin. La journée sera par ailleurs évidemment dédiée aux trois affaires Lambert, Mercier et Bonnemaison. Leur nom sera partout et un hommage leur sera rendu.

L’affaire Bonnemaison, en particulier, peut-elle changer la donne sur le plan politique ?

On espère en tout cas que ce qui s’est passé ces derniers jours va mobiliser la classe politique. Ce qui est sûr, c’est que les personnalités, de tout milieu, sont plus nombreuses que l’année dernière à nous avoir contactés.