Touchers vaginaux: Un tumblr épingle les médecins anti-consentement

MÉDECINE Un site publie les commentaires défendant les touchers intimes sans consentement préalable du patient...

L.C.

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Selon un rapport, dans 67% des cas seulement le consentement du patient est demandé par le médecin avant un toucher pelvien sous anesthésie.
Selon un rapport, dans 67% des cas seulement le consentement du patient est demandé par le médecin avant un toucher pelvien sous anesthésie. — Vikki Grant / Mood Boar/REX/SIPA

Le hashtag #TVsousAG ne vous évoque peut-être rien. Il est apparu il y a quelques mois sur les réseaux sociaux pour dénoncer cette pratique médicale qui consiste à effectuer un toucher vaginal (TV) sur une patiente sous anesthésie générale (AG). Le mouvement est vent debout contre ceux qui pratiquent ces touchers sans demander l'accord préalable des patientes. Un tumblr du même nom a même été créé ce mercredi.

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Un bon moyen pour « apprendre en toute décontraction »

Le site repère les messages publics postés sur Facebook, Twitter ou sur des forums par des personnes ayant été témoins de touchers intimes sans consentement préalable, ou des défenseurs de cette pratique. Le tumblr publie les captures d’écran des messages incriminés, sans masquer le nom ou le pseudo des auteurs. Contacté par 20 Minutes, son créateur explique : « C’est un miroir pour montrer certains témoignages d’étudiants et de médecins, montrer que ces pratiques existent toujours et que ces notions sont encore très confuses chez certains d’entre eux ».

Florilège :

« Ces pratiques sont très fréquentes », témoigne sur Facebook une jeune femme se présentant comme une étudiante en médecine. Elle ajoute que faute d’explications des médecins aux élèves, « ces gestes sont parfois pratiqués sans réelle progression (en gros certains gestes en plus d’être de l’ordre du viol, n’aident même pas vraiment les étudiants à progresser) ».

« Moi aussi j’ai appris le TV en consultations, et avec le consentement des patientes, bien sûr, et je n’ai essuyé que très peu de refus. Mais j’ai aussi fait des TV au bloc sous AG, sans demander au préalable l’accord des patientes, mais avec tact, respect et en présence d’internes, de sages-femmes, d’infirmières de bloc. Mais apparemment beaucoup de gens ont l’esprit tordu », commente un individu sur Facebook. Il poursuit, « quand on s’y prend à plusieurs reprises lors d’un TV, qu’on passe 30 secondes à tourner 2 doigts dans le vagin d’une femme consciente (consentante, bien sûr), croyez-moi que, pour celui qui le pratique et certainement pour la patiente elle-même, ce TV dure une éternité ». Avant de conclure : « Alors, oui ! Le TV au bloc sous AG (avec ou sans accord) est un bon moyen pour apprendre en toute décontraction. »

Méthodes « peu orthodoxes »

Le toucher vaginal sous anesthésie est-il un exercice indispensable à la formation des médecins ? « C’est en forgeant qu’on devient forgeron », estime une femme médecin. Cette pratique est pourtant interdite par la loi et récemment condamnée par le ministère de la Santé.

C’est aussi l’avis d’un externe girondin, qui écrit sur Facebook : « En médecine, notre stage de gynécologie dure entre 2 et 3 mois sur nos 6 ans d’étude, avec une chance bien moins grande de faire un TV avec le consentement de la patiente, d’où » l’obligation « pour une vraie formation gynéco de recourir à ces méthodes, je te l’accorde peu orthodoxes ».

D’autres s’insurgent contre l’assimilation du toucher vaginal sans consentement à un viol. « On parle d’un acte médical non consenti, c’est complètement différent, ça doit être puni mais pas en faisant l’amalgame avec un viol », écrit un jeune homme.

« Je suis étudiant en médecine et ces pratiques ne me choquent pas le moins du monde », assume un externe du Nord de la France.