Air Cocaïne: Où en est l’enquête en France?

JUSTICE En marge de la procédure dominicaine, la justice française enquête, depuis 2013, sur l’histoire des 680 kilos de cocaïne qui devaient rejoindre la France…

Vincent Vantighem

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A Punta Cana (République dominicaine), 680 kilos de cocaïne ont été découverts à bord d'un Falcon à destination de la France.
A Punta Cana (République dominicaine), 680 kilos de cocaïne ont été découverts à bord d'un Falcon à destination de la France. — Erika Santelices AFP

« Il suffit de nous donner une date de convocation… » Pascal Fauret et Bruno Odos, les deux pilotes français, ont justifié leur fuite de République dominicaine par la volonté de « s’exprimer » devant la justice française. Dès la découverte, en mars 2013, par la police dominicaine de 680 kilos de cocaïne à l’aéroport de Punta Cana dans la soute de l’avion, la justice française a, de son côté, ouvert une enquête parallèle. 20 Minutes fait le point sur l’avancée des investigations en France…

  • Sur quels faits porte l’enquête ouverte en France ?

Conduite par la juge Christine Saunier-Ruellan à Marseille (Bouches-du-Rhône), l’information judiciaire a été ouverte, en mars 2013, pour enquêter sur des faits « d’importation de stupéfiants » et « d’association de malfaiteurs ». Au-delà du vol litigieux par lequel 680 kilos de cocaïne devaient transiter jusqu’à l’aéroport de La Môle – Saint-Tropez (Var), la juge cherche à déterminer s’il n’y a pas eu, précédemment, d’autres vols ayant permis d’approvisionner la Côte d’Azur en drogue.

  • Combien de personnes sont concernées par cette enquête ?

A l’heure actuelle, dix personnes ont été mises en examen. Parmi eux, figurent les deux pilotes, Pascal Fauret et Bruno Odos mais aussi les deux autres Français toujours retenus en République dominicaine, Nicolas Pisapia, le passager, et Alain Castany, l’homme qui a mis les pilotes et le passager en contact.

A gauche : Nicolas Pisapia. A droite : Alain Castany- ERIKA SANTELICES/AFP


La juge a également mis en examen les deux dirigeants de la société SN-THS, la compagnie aérienne qui gérait les vols ainsi qu’un douanier toulonnais et plusieurs personnes liées au monde de la nuit, notamment Franck Collin, le seul à être toujours en détention provisoire aujourd’hui.

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  • Quel est le rôle présumé de Franck Collin dans cette affaire ?

​Franck Colin est un « ami » de Nicolas Pisapia. Mais pas seulement. Marié à une créatrice de mode très en vue à Bucarest (Roumanie), cet homme de 40 ans est un proche de Jean Roch qu’il a accompagné à Paris dans les années 1990 pour monter de célèbres boîtes de nuit parmi lesquelles le VIP Room. Selon plusieurs sources, c’est lui qui aurait commandé le vol litigieux entre Punta Cana et Saint-Tropez. Interrogé, il a reporté la responsabilité sur un caïd lyonnais répondant au surnom de « Daryan » et qui pourrait être Ali Bouchareb.

  • Y a-t-il d’autres vols suspects concernés par cette enquête ?

​Christine Saunier-Ruellan pointe, dans son enquête, trois vols litigieux. Outre celui qui a fait éclater l’affaire, la juge enquête sur un vol entre Puerto Plata toujours en République dominicaune et La Môle – Saint-Tropez du 9 décembre 2012. Il n’y avait qu’un seul passager à bord – Nicolas Pisapia – qui aurait sorti dix valises de la soute sous les yeux de Franck Collin et du douanier toulonnais. Fin février 2013, l’avion aurait également réalisé une liaison depuis Quito (Equateur).

  • Cette enquête va-t-elle déboucher sur un procès ?

Selon Julien Pinelli, l’avocat de Nicolas Pisapia, l’enquête française est quasiment bouclée. « Elle pourrait déboucher rapidement sur un procès. » Reste à la juge à entendre les deux pilotes français. Alors qu’ils étaient en République dominicaine, elle s’était déjà rendue auprès d’eux pour les entendre. Mais ces derniers avaient refusé de s’exprimer car le procureur dominicain avait exigé sa présence lors de l’audition. Désormais en France, ils ont indiqué qu’ils étaient prêts à s’expliquer.