Comment les emballages en carton vous font manger du pétrole

SANTE La plupart des cartons contiennent des huiles minérales dérivées du pétrole qui contaminent nos aliments, dénonce une association...

Céline Boff

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Illustration fournie par l'association Foodwatch
Illustration fournie par l'association Foodwatch — Foodwatch

Du pétrole dans nos assiettes… C’est le constat dressé par l’association Foodwatch. Elle a fait tester en laboratoire 42 aliments conditionnés dans des emballages en carton et extrêmement consommés : des pâtes, du riz, du couscous ou encore des céréales des marques Nestlé, Carrefour, Auchan, Intermarché, Monoprix et Leclerc.

Résultat : la plupart de ces aliments contiennent des huiles minérales dérivées du pétrole, y compris ceux destinés aux enfants ou bio. Plus précisément, 83 % renferment des « hydrocarbures saturés d’huile minérale », ou MOSH, « qui s’accumulent dans le corps et peuvent entraîner des dommages sur plusieurs organes », détaille Ingrid Kragl, directrice de l’information de Foodwatch.

Pire : six produits testés sur 10 sont même contaminés par des « hydrocarbures aromatiques d’huile minérale », ou MOAH, qui sont « les huiles minérales les plus dangereuses », précise Ingrid Kragl.

Un gramme d’hydrocarbures en moyenne dans notre corps

Ces MOAH sont considérés comme étant cancérigènes, mutagènes – c’est-à-dire qu’ils altèrent le patrimoine génétique des êtres vivants – et ils sont également soupçonnés de perturber le système endocrinien. D’après l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA), toute exposition à ces MOAH par l’alimentation présente un danger potentiel…

Mais comment ces MOSH et ces MOAH se retrouvent dans nos aliments ? « Les sources de contamination sont les sacs en toile de jute, les encres, les machines servant à produire les aliments, qui sont huilées, les cartons, et surtout, les cartons recyclés », répond Ingrid Kragl. Et le consommateur ne peut rien faire : sans analyse, il lui est impossible de détecter si le carton d’emballage contient ou non des MOSH et des MOAH. Seules certitudes : la contamination s’accroît avec le temps de stockage. Et, d’après le Laboratoire cantonal de Zurich, « notre organisme contient environ un gramme d’hydrocarbures, il s’agit donc du plus grand contaminant présent dans le corps humain », se désole Ingrid Kragl.

Le problème n’est pas nouveau. En 2011, l’UFC Que Choisir avait déjà tiré la sonnette d’alarme. Mais ni les pouvoirs publics français, ni les autorités européennes n’ont pris de mesures. Pourtant, « la contamination des aliments par ces huiles peut être évitée », assure Ingrid Kragl, qui recense trois solutions : l’intégration d’une couche protectrice directement dans les cartons, la mise en place de matériaux absorbants dans les cartons ou encore, l’ajout de sachet dans des matières spécifiques pour protéger les aliments du contact avec les cartons.

Preuve que cela fonctionne : Foodwatch a également fait tester 42 aliments en Allemagne et ils contiennent bien moins d’huiles minérales. Sans doute parce qu’outre-Rhin, la dangerosité de « ces hydrocarbures alimente le débat public et politique depuis plusieurs années déjà », avance Ingrid Kragl.

« La France peut mettre en place une réglementation stricte »

Foodwatch demande aux autorités de se saisir de toute urgence du problème et de rendre obligatoire les barrières efficaces pour tous les emballages alimentaires fabriqués à partir de papier et carton. L’association réclame également le principe de tolérance zéro pour les MOAH et l’instauration d’un seuil maximal pour les MOSH. Elle lance enfin une pétition « Pas d’huiles minérales dangereuses dans nos aliments » qui sera adressée au commissaire européen en charge de la Santé.

« Sans attendre l’Europe, la France peut mettre en place une réglementation stricte, comme elle l’avait fait avec le bisphénol A », assure André Cicolella, chimiste et président du Réseau environnement santé. « Il faut en finir avec cette position laxiste alors que nous sommes confrontés à une situation de crise sanitaire avec une hausse des maladies chroniques. Les citoyens doivent faire pression auprès de leurs politiques, il s’agit de défendre notre santé et celle de nos enfants. »