Des milliers de «caméras piétons» vont équiper les policiers et gendarmes français

SÉCURITÉ Le Premier ministre Manuel Valls a annoncé la généralisation des « caméras piétons » après une phase de tests concluante…

L.C.

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Le gouvernement veut généraliser les caméras piétons pour les policiers et gendarmes.
Le gouvernement veut généraliser les caméras piétons pour les policiers et gendarmes. — FRED SCHEIBER/20 MINUTES/SIPA

« Souriez, vous êtes contrôlé ». Parmi les annonces du Premier ministre Manuel Valls à l’issue du comité interministériel ce lundi, figure le déploiement de plusieurs milliers de « caméras piétons ». Ces dispositifs sont déjà déployés à l’étranger pour protéger les policiers et les citoyens. Dans les faits, leur utilité est parfois contestée.

Une caméra piéton, qu’est-ce que c’est ?

Il s’agit d’une caméra portative qui peut être fixée sur la veste d’un policier pour filmer les interventions dans les lieux publics. En France, les caméras piétons sont expérimentées depuis 2013 essentiellement dans certaines zones de sécurité prioritaires (ZSP) par les policiers et les gendarmes. Elles vont désormais « faire partie de l’équipement classique des forces de l’ordre sur le terrain », a annoncé Manuel Valls sans préciser de calendrier.

À quoi ça sert ?

Ces caméras permettent à la fois de protéger les forces de l’ordre et les citoyens. Selon le gouvernement, elles ont un effet dissuasif qui permet de réduire le risque de violences commises à l’encontre des agents publics ainsi que les contestations ultérieures. Pour le public, elle permettrait de mieux contrôler et éviter les bavures policières et elles doivent aussi répondre à l’abandon du « récépissé » pour lutter contre les contrôles de police au faciès, écarté en 2013. Mais dans les faits, le public n’a pas toujours accès aux enregistrements. En outre, lors des phases de test, ce sont les policiers qui décidaient ou non d’enclencher l’enregistrement.

Est-ce efficace ?

À environ 750 euros la caméra embarquée, la question mérite d’être posée. Aux Etats-Unis, le New York Times tire un bilan plutôt positif de l’usage des caméras piétons. Introduites en 2012 à Rialto, en Californie, elles auraient entraîné en un an une baisse de 88 % des plaintes contre les policiers, tandis que l’usage de la violence chez les policiers a diminué de 60 %.

Après des mois de tests en France, les policiers estiment que les caméras permettent de pacifier leurs interventions. « Suite à l’expérimentation, les collègues ont fait remonter un avis plutôt favorable sur le terrain », a déclaré le secrétaire général du syndicat Alliance Police, Jean-Claude Delage, interrogé sur iTélé. Mais il ne faut pas « ça soit un instrument de contrôle du policier, c’est un outil qui participe à la manifestation de la vérité en cas de contestation, ça sécurise le policier », poursuit-il, affirmant qu'« il y a moins de tensions lorsque la caméra est déclenchée ».

Pour les citoyens, il est pour l’instant plus difficile d’évaluer les bénéfices des caméras piétons. Aux Etats-Unis, l’Etat fédéral souhaite que cet outil apaise les tensions entre le public et la police, après les violences répétées de policiers blancs vis-à-vis d’Américains noirs. Mais les bavures filmées par des témoins, comme la mort d’Eric Garner, n’ont pas toujours débouché sur des sanctions exemplaires, argue le militant des droits de l’homme Justin Hansford dans le Washington Times.

Dans quel cadre juridique ?

Comment et pendant combien de temps seront stockés les enregistrements ? Qui y aura accès ? Seront-ils diffusés sur YouTube comme le fait la police de Seattle (après avoir flouté certains éléments) ? Certains individus pourront-ils refuser d’être filmés ? Quid des mineurs ? Les caméras piétons soulèvent de nombreuses questions, sur lesquelles la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL) a entamé une réflexion.

Le gouvernement a précisé ce lundi que le cadre législatif du déploiement de mini-caméras reste à préciser afin « d’encadrer les conditions d’usage des caméras piétons et les conditions de traitement des vidéos » selon le Premier ministre. Il sera intégré au projet de loi Egalité et citoyenneté discuté au Parlement au premier semestre 2016.