VIDEO. Emeutes de 2005: «Depuis la relaxe des policiers, les jeunes ont la haine»

INTERVIEW Le grand frère de Zyed, Adel Benna, revient dix ans après la mort de son cadet, sur le long combat judiciaire…

Propos recueillis par William Molinié

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Photo prise le 13 octobre 2006 à Clichy-sous-Bois d'un drap sur lequel sont imprimés les portraits de Zyed et Bouna, deux adolescents morts en 2005 lors des émeutes dans les banlieues
Photo prise le 13 octobre 2006 à Clichy-sous-Bois d'un drap sur lequel sont imprimés les portraits de Zyed et Bouna, deux adolescents morts en 2005 lors des émeutes dans les banlieues — Joel Saget ARCHIVES

Un goût amer. Dix ans après la mort brutale des deux adolescents de Clichy-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), les familles de Zyed Benna et Bouna Traoré n’ont pas fait le deuil de la terrible décision judiciaire concluant à la relaxe définitive en mai dernier des deux policiers poursuivis pour « non-assistance à personne en danger ». Interview avec le grand frère de Zyed, Adel Benna, qui livre un regard pessimiste sur les relations entre policiers et jeunes des quartiers…

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Dix ans après le décès de votre frère, êtes-vous en paix ?

Après dix ans de lutte pour obtenir justice, malheureusement, les policiers ont fini par être relaxés. Ça me laisse un goût amer. Je suis totalement déçu et désespéré. Je ne crois plus du tout en la justice. Ne serait-ce que pour avoir un procès, il a déjà fallu dix ans. Rendez-vous compte ! C’est une justice à deux vitesses. On n’est pas tous égaux devant la justice. Aujourd’hui, j’en suis convaincu. La vraie justice n’existe pas. C’est toujours celle du plus fort et du plus puissant.

Vous livrez votre version des faits avec Siyakha Traoré et l’aide de la journaliste du Parisien Gwenaël Bourdon dans un livre paru début octobre*. C’était une façon pour vous de vous rendre justice ?

J’ai réfléchi longtemps avant de participer à ce livre. Après la relaxe [en mai dernier], je n’avais plus le courage de parler. Et je me suis dit que c’était une façon de rendre hommage à mon frère. Je voulais aussi rétablir la vérité car même après le jugement, on a entendu des choses qui n’étaient pas vraies de la part des politiques. Et c’était aussi pour laisser une trace à mes enfants. Quand ils vont grandir, ils vont essayer de comprendre ce qu’il s’est passé en 2005. Ils auront au moins ce livre.

Quelles sont aujourd’hui les relations entre la police et la population ?

Mon frère est mort pour rien. Il n’avait rien fait. Sa mort aurait pu permettre de faire avancer les droits des jeunes des banlieues. Depuis l’annonce du jugement, les jeunes des quartiers ont la haine. Cette affaire n’a pas fait avancer les choses. Il n’y a eu aucun changement. Il faudrait enseigner aux policiers une autre méthode d’intervention dans les banlieues. Et la justice n’a servi qu’à créer plus de distance entre les jeunes et la police. On nous a donné comme message que les policiers sont intouchables.

* Zyed et Bouna, Gwenael Bourdon avec Adel Benna et Siyakha Traoré, Edition Don Quichotte, 18 euros.