Attentats de Paris: «Coulibaly m'a dit : “Tu veux jouer, tu vas crever”»

TERRORISME Les survivants de l'attaque de Montrouge, lors de laquelle une policière municipale a été tuée, racontent pour la première fois...

20 Minutes avec AFP

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La maire de Colombes, Nicole Gouetales à Nanterre, le 22 octobre 2015, lors d'une cérémonie durant laquelle des médailles d'acte de courage et de dévouement ont été remises aux survivants de l'attaque d'Amédy Coulibaly à Montrouge
La maire de Colombes, Nicole Gouetales à Nanterre, le 22 octobre 2015, lors d'une cérémonie durant laquelle des médailles d'acte de courage et de dévouement ont été remises aux survivants de l'attaque d'Amédy Coulibaly à Montrouge — THOMAS SAMSON AFP

« Coulibaly a retourné sa Kalachnikov sur nous. Le seul moyen de survivre, c’était de lui sauter dessus comme une sangsue. » Dix mois après les attentats de janvier, deux survivants de l’attaque de Montrouge (Hauts-de-Seine), décorés ce jeudi à Nanterre, racontent.

Jeudi 8 janvier, au lendemain de l’attaque contre Charlie Hebdo, ces deux agents de la mairie de Montrouge, chefs d’équipe propreté, sont appelés sur un banal accident de la circulation, « comme c’est le cas à chaque fois », relate Mathis, 41 ans, qui a réclamé ce prénom d’emprunt pour conserver l’anonymat.

Sur place, Clarissa Jean-Philippe, une policière municipale intervient également.

« Je me suis dit : " Il ne faut pas que je tombe par terre " »

A un moment, Mathis voit un homme qui « fait un pas en arrière, sort un fusil d’assaut », puis tire : c’est Amédy Coulibaly.

Son co-équipier, Eric Urban, 47 ans, se retourne, et « prend directement une balle ». Clarissa Jean-Philippe est également touchée.

« J’étais paralysé pendant une ou deux secondes. Mais on comprend que, si on réagit pas, on va mourir. Je me suis dit : il ne faut pas que je tombe par terre », se souvient-il. Il est grièvement blessé : la balle a traversé son visage en entrant au-dessus de la lèvre supérieure, elle est ressortie sous l’oreille droite.

« La douleur arrive, le sang coule »

« Nos regards, avec (Mathis) se sont croisés. J’ai réussi à me décaler. La douleur arrive, le sang coule. Et ça a été tellement vite que je n’ai pas vu tomber Clarissa », qui succombera à ses blessures, poursuit Eric.

Au premier coup de feu, Mathis croit l’arme factice, « alors je tape dessus, en me disant " C’est une blague à la con ", mais j’ai vu la tête d’Eric déformée par la balle et Clarissa qui gémissait ».

« J’ai croisé un taré le 8 janvier. Coulibaly, c’est un taré », estime Mathis, selon qui l’agresseur était « shooté », désinhibé face à la violence.

« Tu veux jouer, tu vas crever »

« Coulibaly retournait sa Kalachnikov sur nous. Le seul moyen de survivre, c’est de lui sauter dessus comme une sangsue.  Ça a duré longtemps. J’ai arraché sa cagoule, j’ai tenté de le frapper. La seule phrase qu’il a prononcée, c’est : " Tu veux jouer, tu vas crever " », rapporte Mathis.

Alors qu’Eric, ensanglanté, a réussi à s’éloigner, Mathis se retrouve « à genoux », mais parvient à saisir d’une main le canon de l’arme du terroriste. « Je me suis dit : " Quoi qu’il arrive, ne lâche pas. " »

Amédy Coulibaly tente alors de mettre son autre main dans la poche, mais Mathis l’en empêche en lui attrapant le bout de la manche. Le tireur le frappe avec le canon du fusil, sort un pistolet Tokarev avec lequel il tente de tirer.

Décorés de la médaille d’acte de courage et de dévouement

« Pour moi, j’étais mort. Il a fait " Clic ". Je n’ai pas compris pourquoi j’étais vivant. J’ai appris plus tard que son Tokarev s’était enrayé. Il a rangé son gun, sa Kalach, m’a tourné le dos et est reparti en footing », se rappelle Mathis. Le lendemain, Coulibaly prenait en otages les clients d’un supermarché casher et tuait quatre personnes avant d’être abattu par la police.

Jeudi, les deux rescapés de Montrouge, ainsi qu’un troisième de leur camarade, policier municipal, ont reçu des mains du préfet des Hauts-de-Seine la médaille de la sécurité intérieure et la médaille d’acte de courage et de dévouement.

Dix mois après les faits, Eric Urban et Mathis, vont « bien » mais demeurent amers envers la mairie deMontrouge, dont ils estiment avoir été « zappés ».

« Aucun soutien, rien, même pas une poignée de main. J’ai vécu le néant pendant 10 mois », déplore Mathis, alors qu’Eric Urban, qui doit encore subir des soins consécutifs à ses blessures, a « l’impression d’être tombé dans une oubliette ».