Pourquoi les marchands d'armes français font un carton à l'étranger

ARMEMENT «2015 devrait être une année record avec au moins 15 milliards d’euros de contrats», confirme un proche de Jean-Yves Le Drian...

Thibaut Le Gal

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Un hélicoptère Caracal d'Airbus, à la base de Powidz (Pologne), le 14 mai 2015.
Un hélicoptère Caracal d'Airbus, à la base de Powidz (Pologne), le 14 mai 2015. — JANEK SKARZYNSKI / AFP

Les exportations d’armement français s’envolent en 2015. Le Koweït a signé mercredi plusieurs accords et déclarations d’intention avec la France d’une valeur de 2.5 milliards d’euros. L'« arrangement technique » porte notamment sur l’acquisition ferme de 24 hélicoptères de combat Caracal, des véhicules blindés légers et du matériel pour la maintenance de patrouilleurs. L’année est fructueuse pour Paris, après l’accord de vente de 2 Mistral et 24 Rafale à l’Egypte et de 24 Rafale au Qatar en mai notamment.

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Le Rafale, « tête de pont » des ventes

« 2015 devrait être une année record avec au moins 15 milliards d’euros de contrats et plus encore si d’autres ventes se concrétisent d’ici la fin de l’année », confirme un proche de Jean-Yves Le Drian. En comparaison, les commandes annuelles représentaient 8.2 milliards en 2014 et 4.8 en 2012. « Les Rafales restent les têtes de ponts des succès à l’exportation même si toute un ensemble d’équipement, comme des frégates multimissions, a aussi été vendu », ajoute-t-il.

« L’armée française a beaucoup utilisé son matériel récemment, en particulier les Rafale, qui ont démontré leur efficacité sur de nombreux théâtres d’opérations, en Libye, au Mali notamment, contrairement à des avions concurrents », précise une source du ministère de la Défense. « Paris a aussi su tracer une feuille de route de développement pour investir en amont et anticiper les besoins. L’avion Dassault s’est ainsi démarqué grâce à son radar très sophistiqué ».

Hausse globale des budgets militaires

L’exportation s’appuie aussi sur des éléments conjoncturels. « La France profite d’une augmentation globale des dépenses militaires dans le monde depuis quelques années, notamment autour des zones de tensions au Moyen-Orient et en Asie », remarque Lucie Béraud-Sudreau, doctorante à Paris-II-Panthéon-Assas sur les politiques d’exportation d’armement. Des régions d’où proviennent justement les gros clients français. « Au Moyen Orient, on note une augmentation de 5.2 % du budget militaire entre 2013 et 2014. Sur la période 2005-2014, elle est de 57 % ».

Paris profiterait également de la diplomatie américaine dans la région. « Certains pays du Golfe ont pris leur distance avec les Etats-Unis, après des désaccords diplomatiques, sur Bachar al-Assad ou le nucléaire iranien », développe la chercheuse. « Un pays surtout s’est détourné des Etats-Unis pour la France : l’Egypte », assure Jean-Pierre Maulny, directeur adjoint de l’IRIS. « Les militaires n’ont pas supporté que les Américains soutiennent les Frères Musulmans au moment de la chute de Moubarak ».

Restrictions budgétaires et activité de Le Drian

L’entourage de Jean-Yves Le Drian met en avant les dizaines de déplacements du ministre et son excellente relation avec les industriels. « Sous Nicolas Sarkozy, c’est l’Elysée qui prenait en main les grands dossiers d’exportations avec l’instauration d’une war-room spécialisée qui court-circuitait le ministère. Avec l’arrivée de François Hollande et Le Drian, on est revenu à une organisation plus traditionnelle », reconnaît Lucie Béraud-Sudreau.

Autre raison de l’activité du ministre : les restrictions budgétaires. « La nécessité de favoriser l’exportation devenait impérieuse pour le ministère », assure Jean-Pierre Maulny, qui relativise l’année miraculeuse. « Les négociations durent parfois plusieurs années et aboutissent en même temps par l’effet du hasard. Cela donne des pics exceptionnels comme en 1984 ou en 2015. Mais il est possible que le chiffre retombe à une moyenne de 7 milliards sur les années à venir ».