Soulèvement urbain: Le spectre des émeutes de 2005 hante encore les forces de l'ordre

BANLIEUE L’Etat a fait plus que jamais du maintien de l’ordre public dans les quartiers dits «sensibles» une priorité…

William Molinié

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Des pompiers tentent d'éteindre un incendie lors des émeutes de 2005 à Clichy-sous-Bois.
Des pompiers tentent d'éteindre un incendie lors des émeutes de 2005 à Clichy-sous-Bois. — TRAVERS ERIC/LE FLOCH PASCAL/SIPA

Quand un nouveau patron des policiers est nommé dans un département, son premier souci est de s’assurer des forces disponibles dans son département. « On nous pardonnera de rater l’interpellation d’un grand bandit. Des émeutes urbaines, jamais », souffle l’un d’entre eux.

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Dix ans après les émeutes de Clichy-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), le spectre du soulèvement des banlieues reste aujourd’hui encore à l’esprit des autorités. Un responsable syndicaliste citait de lui-même la semaine dernière ces événements de l’automne 2005 pour réclamer « plus de moyens dans la police », argument à l’appui : « S’il y avait des émeutes aujourd’hui, comme en 2005, on ne pourrait plus assurer la sécurité des Français », confiait-il à 20 Minutes.

L’ordre public, une priorité

Il faut dire que les événements de l’automne 2005 ont vu le retour de restrictions sur la liberté d’aller et venir. Des couvre-feux que l’on n’avait pas vus en France depuis la guerre d’Algérie. En termes de techniques de maintien de l’ordre, 2005 marque aussi une rupture. « On a pris conscience que les jeunes émeutiers étaient des populations qui pouvaient être en même temps très dangereuses mais qui étaient aussi très fragiles. D’où l’importance d’adapter nos dispositifs en évitant à tout prix le corps à corps », explique Jean-François Herduin, ancien directeur départemental de la sécurité publique (DDSP) de Seine-Saint-Denis et commissaire « réputé de gauche », connaisseur du maintien de l'ordre dans les banlieues.

« L’ordre public a toujours été prioritaire pour l’Etat et la police. Beaucoup plus que la délinquance », poursuit-il. Ainsi, depuis plusieurs années, des instructions sont régulièrement passées dans les commissariats. « On nous demande de ne pas poursuivre des délits de fuite en deux-roues s’il n’y a pas de soupçon de crime de sang ou de délit important. Du coup, on est appelés par les riverains pour des rodéos sauvages et on ne peut rien faire », regrette Erwan Guermeur, délégué syndical d’Unité-SGP-FO en Seine-Saint-Denis.

Eviter d’envenimer la situation

Autre exemple de ce qui peut parfois être considéré comme « l’achat de la paix sociale », la passivité supposée des services de police dans les quartiers dits « sensibles ». « En bordure de cité, on voit les trafics. Mais on a des consignes de ne pas intervenir, pour ne pas que ça prenne de tournure politique », ajoute un policier parisien en poste dans une brigade anticriminalité (Bac).

Par ailleurs, les ordres passés en cas d’émeutes sont essentiellement tournés vers l’apaisement. D’où généralement l’absence d’interpellations dans les heures qui suivent les faits. « La priorité, c’est le maintien de l’ordre, la protection des édifices et des personnes. Les interpellations viennent dans un second temps », raconte un cadre de la police nationale. Pour éviter l’envenimement de la situation, les policiers se servent de la vidéo et des images tournées pendant les opérations pour identifier les fauteurs de troubles. Et les interpeller, parfois plusieurs jours ou semaines après, une fois que l’ordre est rétabli, à l’heure du laitier.