Saisie de 7 tonnes de cannabis: Trop gros pour être un coup de bol?

DOUANES 7.000 kilos de drogue ont été retrouvés en plein Paris dans des camionnettes stationnées sur la voie publique…

William Molinié

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Une partie des 7 tonnes de cannabis saisis par la douane, entreposés à la Direction des enquêtes douanières, à Ivry-sur-Seine le 18 octobre 2015
Une partie des 7 tonnes de cannabis saisis par la douane, entreposés à la Direction des enquêtes douanières, à Ivry-sur-Seine le 18 octobre 2015 — PIERRE CONSTANT AFP

Les gabelous à l’honneur. Au lendemain de l’annonce de la saisie record de plus de 7 tonnes de cannabis en plein Paris, les douaniers se retrouvent sous les projecteurs. François Hollande en personne est venu les féliciter dimanche pour leur interception, dans la nuit de samedi à dimanche, de drogue stockée dans trois véhicules stationnés sur le boulevard Exelmans, dans le très chic 16e arrondissement parisien.

Coup de chance ou enquête de longue haleine ? Selon une source douanière, c’est un habitant du quartier qui aurait donné l’alerte, intrigué par ces fourgons garés à cet endroit depuis « au moins une semaine, dix jours ». Le chien des douanes n’aurait donc eu juste qu’à « marquer » les quatre véhicules, dont trois étaient remplis de cannabis. A l’odeur, le quatrième, retrouvé vide, en avait sans doute transporté.

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Version officielle peu prolixe

Une version officielle trop lisse qui ne satisfait pas entièrement Vincent Thomazo, secrétaire général de l’Unsa-Douanes. « Si ce n’était qu’une simple alerte d’un riverain au commissariat, la police serait intervenue. Or, c’est une affaire de la direction nationale du renseignement et des enquêtes douanières (DNRED). Les douaniers étaient sur le coup », insiste-t-il auprès de 20 Minutes.

On peut imaginer que l’alerte du riverain aura poussé les douaniers à intervenir rapidement, considérant leur opération en danger. « Ah, donc, cela voudrait dire que la douane écoute la police… Non, ce n’est pas sérieux. L’enquête a été minutieusement préparée », poursuit le syndicaliste.

Un renseignement ?

Ecartant le « coup de chance », une source douanière, sous couvert de l’anonymat, confirme que cette saisie est le résultat d’importantes investigations et l’obtention de « renseignements ». « Les douaniers ont fait ça dans leur coin. Les policiers de l’arrondissement n’étaient pas au courant », assure un policier connaisseur des services de stupéfiants. « Au vu de la présentation de l’affaire, les douaniers veulent protéger un informateur », entrevoit-il.

Généralement peu prolixe sur ses enquêtes, la douane travaille avec un réseau d’aviseurs au contact ou à la périphérie des trafiquants de drogue. Chaque année, elle réalise près de 80 % des saisies de stupéfiants en France. « On a des méthodes de travail, des techniques et un savoir-faire différent des policiers et gendarmes », justifie-t-on.

Enquête en co-saisine

Cette prise record, qu’on comprend être bien ficelée et non laissée au hasard comme laisse supposer la version officielle, conserve pourtant derrière elle une part de mystère. Aucune interpellation n’a encore eu lieu. Qui se cache derrière ce trafic de drogue ? Où est passée la drogue stockée dans le quatrième véhicule retrouvé vide ? Pourquoi a-t-elle disparu ? Est-elle entre les mains des trafiquants ?

Des questions qui trouveront sans doute des réponses dans les semaines à venir. La suite de l’enquête reste dans le giron douanier mais devra être partagée en co-saisine avec les policiers de l’office central de répression du trafic illicite de stupéfiants (Ocrtis). Les empreintes génétiques et digitales retrouvées dans les fourgons seront notamment exploitées.