Terrorisme: Cinq hommes déchus de la nationalité française dénoncent une «décision politique»

JUSTICE Ils ont été condamnés pour leurs liens plus ou moins directs avec le groupe responsable des attentats de Casablanca du 16 mai 2003...

M.C. avec AFP
Le 4 juin 2007, lors du procès de huit hommes soupçonnés de liens avec les auteurs de l'attentat de Casablanca en 2003.
Le 4 juin 2007, lors du procès de huit hommes soupçonnés de liens avec les auteurs de l'attentat de Casablanca en 2003. — BENOIT PEYRUCQ / AFP

Ils se disent « rangés » et « réinsérés » mais pour le gouvernement ce sont des « terroristes » : cinq hommes, qui ont purgé leur peine pour leurs liens avec les auteurs des attentats de Casablanca en 2003, estiment que leur déchéance de nationalité est une « décision politique » et s’apprêtent à la contester devant le Conseil d’État.

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Les avocats de ces cinq amis d’enfance, Français de naissance ou naturalisés à 3 ans, originaires de quartiers populaires des Yvelines, en banlieue parisienne, les ont réunis jeudi pour une conférence de presse, au cours de laquelle ils ont brossé le portrait de « pères de famille » travailleurs, « parfaitement rangés et réinsérés ». Des agents de voyages, électricien, technicien de maintenance, vendeur, dont l’un a créé son entreprise. « On est des enfants de la France, bien intégrés, on nous colle l’étiquette de (terroriste) pour faire passer dans l’opinion qu’on est des pestiférés, mais on se battra », dit l'un d'entre eux.

«Une opération politique» à l’approche des élections

Les déchéances de nationalité française, publiées au Journal officiel le 7 octobre, ont été demandées par le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve. « Une double peine », selon les avocats, et le début d’une « mort civile, sociale et professionnelle, suivie d’une destruction de la famille » en cas d’expulsion. Derrière les décrets, les avocats dénoncent aussi « une opération politique » et « démagogique », à l’approche des élections. « La diabolisation qu’on veut organiser auprès de l’opinion passe par une manipulation de l’opinion », a fustigé Me Bourdon, l’un de leurs avocats.

Ces hommes âgés de 38 à 41 ans, quatre Franco-Marocains et un Franco-Turc, originaires des Mureaux et de Mantes-la-Jolie, ont été condamnés en 2007 à des peines de six à huit ans de prison pour leur « participation à une association de malfaiteurs en vue de la préparation d’un acte terroriste ». Ils étaient notamment jugés pour leurs liens plus ou moins directs avec le Groupe islamique combattant marocain, responsable des attentats de Casablanca (Maroc) du 16 mai 2003 : 45 personnes avaient été tuées, dont trois Français, et une centaine blessées dans plusieurs attaques.

«Liens éventuels» avec l’affaire Sid Ahmed Ghlam

Aujourd’hui, les cinq hommes estiment avoir été condamnés « injustement » et nient leur appartenance à l’organisation et leur participation aux opérations. Pour les avocats, leur condamnation repose sur les aveux de deux protagonistes du dossier qui les ont « dénoncés » après avoir été « torturés » par les autorités marocaines.

Pourquoi eux et pourquoi maintenant ? La décision du ministère ne tient « pas au hasard », assure pourtant une source proche du dossier : les services spécialisés « ont déterminé avec précision leur degré de dangerosité et leurs liens éventuels avec des dossiers judiciaires à caractère terroriste en cours ». L’un d’eux apparaît dans les investigations sur l’affaire Sid Ahmed Ghlam, soupçonné d’avoir voulu attaquer une église de Villejuif (Val-de-Marne), mais rien, à ce stade, ne le met en cause, selon une autre source proche du dossier. Il « fréquente » la crêperie où travaillait l’un des mis en examen du dossier et où se rendaient régulièrement les deux autres mis en examen. Liés à la mouvance islamiste radicale, ils sont tous les trois soupçonnés d’avoir apporté une aide logistique à Ghlam, mais nient avoir eu connaissance de ses projets.