Lorena, 17 ans, Rom: «Je refuse d'accepter la misère»

TEMOIGNAGE A l'occasion de la Journée mondiale du refus de la misère, « 20 Minutes » a rencontré une jeune Rom qui se bat pour un avenir meilleur ...

Céline Boff

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«Je dis souvent que je suis la "Rom moderne, parce que je vais à l’école. Mais ce que je voudrais surtout, c’est que Rom soit une origine comme une autre… Ce qu’elle est d’ailleurs », Lorena, 17 ans.
«Je dis souvent que je suis la "Rom moderne, parce que je vais à l’école. Mais ce que je voudrais surtout, c’est que Rom soit une origine comme une autre… Ce qu’elle est d’ailleurs », Lorena, 17 ans. — Céline Boff / 20 Minutes

« Sale gitane ». Cette insulte, Lorena, Rom de 17 ans, l’a entendue tout au long de sa scolarité. « Les enfants m’accusaient aussi de faire les poubelles… Ça m’a fait mal, bien sûr, mais je me suis toujours dit que ça ne devait pas m’empêcher de relever la tête, de me battre pour avancer », confie-t-elle.

Parce qu’il y a une chose que Lorena refuse d’accepter : la misère. Elle le clamera samedi à Montreuil, dans l’un des événements organisés en France à l’occasion de la Journée mondiale du refus de la misère. « La misère, je l’ai connue », raconte Lorena. Arrivée en France à l’âge de 7 ans, elle a vécu pendant neuf ans « dans un bidonville, puis dans une caravane, puis dans un bungalow ». Elle a aussi connu les expulsions. Mais elle coupe court : « C’est trop dur d’en parler ».

Surtout, Lorena ne veut pas être définie par cette histoire. « Mes parents ont quitté la Roumanie parce que la vie est très dure là-bas, surtout pour les Roms. Trouver du travail est quasi-impossible, envoyer ses enfants à l’école aussi, parce que l’éducation est payante. Mes parents sont venus en France parce qu’ils voulaient un meilleur avenir pour leurs enfants, pour moi. » Et Lorena veut ce meilleur avenir.

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« Peu importe d’où l’on vient, on peut réussir »

Depuis un an, sa famille vit « dans un vrai appartement », au Blanc-Mesnil (Seine-Saint-Denis), et Lorena suit une formation dans un lycée professionnel. « Une seconde pour se préparer aux métiers sociaux », explique-t-elle. Mais elle a d’autres rêves : devenir « agent immobilier » ou « chasseur de têtes ». « Ce sont des métiers difficiles d’accès, mais je veux y arriver. Dans ma classe, les élèves pensent que les métiers d’avocat ou de médecin par exemple sont faits seulement pour les riches. Je leur dis qu’ils ont tort et je veux leur montrer que peu importe d’où l’on vient, on peut réussir ».

Pour Lorena, « la misère, ce n’est pas seulement être pauvre. Ça peut être d’être seul. Moi, j’ai toujours eu ma famille. J’ai aussi eu la chance d’avoir des professeurs très bienveillants et puis, il y a les gens d’ATD Quart Monde… » Lorena a rencontré les militants de cette association lorsqu’elle vivait dans une caravane à Saint-Denis.

« Chaque mercredi, ils venaient nous lire des livres. Parfois, ils nous emmenaient dans des musées. J’ai appris énormément de choses grâce à eux, comme l’histoire de saint Denis… L’homme, pas la ville ! Ils m’ont vraiment aidé à apprendre la langue et la culture française. ATD, c’est comme la famille. Je ne les quitterai jamais ».

Depuis trois ans, Lorena fait partie du groupe « jeunes » de cette association. Il réunit une dizaine d’adolescents qui ont connu la misère. « Nous nous réunissons chaque week-end pour débattre sur des thèmes. Au début, je trouvais ces échanges un peu étranges. En grandissant, j’ai compris l’intérêt. Maintenant, je suis toujours la première à répondre, à proposer des idées. »

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« Parfois, il suffit d’être un tout petit peu gentil avec les autres »

Le dernier thème portait sur la solidarité. « Etre solidaire, ce n’est pas forcément faire des grands gestes. Par exemple, dans ma classe, il y a un élève qui ne veut pas travailler. Depuis plusieurs semaines, je lui dis de se taire quand il bavarde, je l’aide pour ses devoirs… Et je constate qu’il commence à changer. Parfois, il suffit d’être un tout petit peu gentil avec les autres, ça peut leur suffire pour reprendre espoir. »

C’est pour cette raison que Lorena défend la Journée mondiale du refus de la misère : « Elle montre à ceux qui souffrent qu’ils ne sont pas seuls et surtout, qu’il y a énormément de personnes bien, qui sont prêtes à les aider. »

Et aux politiques, qu’est-ce que Lorena aimerait leur dire ? « Rien. Il y a des élections, les politiques changent, mais notre quotidien reste toujours le même. Je ne comprends pas vraiment leur utilité. » Pour Lorena, ce qui est plus utile, c’est de « s’entourer de personnes positives qui veulent avancer, changer les choses. »